Une intrigue complexe est pauvre en émotion




L’intrigue c’est l’ossature du récit. Elle se doit d’être solide, captivante, passionnante. Pour y parvenir, une possibilité s’offre à vous : construire une histoire complexe. Mais attention à ne pas la rendre trop complexe si vous ne voulez pas perdre en émotion, cet ingrédient si vital pour construire une histoire profonde.
 
Une histoire pour être captivante doit avant tout prendre le temps de se développer. Elle doit vivre, respirer, monter progressivement en tension, livrer son lot de révélations, conduire le héros à une impasse dans laquelle, une situation où il n’aura d’autres choix que de prendre une décision irrévocable. Ce parcours c’est l’intrigue. L’Inspirateur Harry dans sa quête du serial killer trouvera sur sa route d’autres corps et une administration qui lui mettra des bâtons dans les roues, au point qu’il passera outre les règles du système pour mettre hors d’état de nuire son ennemi.
Construire une intrigue captivante n’est pas évident. Se lancer dans une intrigue complexe est une voix possible. Attention à ne tomber dans le piège d’une histoire au final trop nébuleuse. Eh oui, trop d’intrigue tue l’intrigue. Bien écrite, une histoire complexe parvient à rester fluide. Avec tout de même un niveau de concentration demandé au public supérieur à la moyenne.

 

Une boite à outil complète 

Multiplier les intrigues secondaires, utiliser l’art de la dissimulation, construire des enjeux à tiroirs… les techniques ne manquent pas pour construire une intrigue complexe.
L’art de la dissimulation est surement l’outil le plus utile dans la conception d’une histoire complexe. En tant qu’auteur, vous avez le choix de livrer telle information (ou non) et à quel moment. L’intérêt étant de guider le public, jouer avec ses attentes en créant par exemple des fausses pistes.
Prenons Psychose d’Alfred Hitchcock. Pendant tout le film nous entendons mais ne voyons pas la mère de Norman Bates. Comment imaginer une seule seconde qu’elle est décédée et que Norman Bates imitait sa voix. Oh pardon vous n’aviez pas vu le film ? La simple histoire au départ d’un désaxé qui tue les personnes qui s’arrêtent à son hôtel devient  complexe grâce a l’art de la dissimulation.
Multiplier les intrigues secondaires est aussi efficace pour densifier l’histoire et développer différents aspects d’un thème. The Big Lebowsky des Frères Coen sous ses airs de comédie loufoque décalée est pourtant bien une intrigue complexe avec de multiples sous-intrigues (concours de bowling, retrouver la femme du millionnaire,…) autour d’une intrigue majeure (obtenir réparation du tapis du Dude).
Autre possibilité : une intrigue construite en tiroir qui donnera une grande ampleur à votre récit. Dans The Dark Knight de Christopher Nolan, Batman dois relever plusieurs défis (enlever le banquier chinois Lau, gérer comme il peut les différentes attaques terroristes du Joker, maitriser Dent…) avant de pouvoir reprendre la main et éradiquer le mal personnifié par le Joker.
Tous ces exemples ne restent que des « techniques ». En tant qu’auteur, votre rôle est primordial pour parvenir à surprendre le public et donner de la profondeur et/ou différents niveaux de lectures à une histoire. Mais attention aux conséquences…

 

Dans le puzzle d’une intrigue complexe, une pièce va rapidement vous manquer : l’émotion

Prenons des histoires complexes récentes : Inception, LA Confidential, Memento, Total Recall, Cypher, Chinatown, Le Dahlia Noir… Ces récits, tous réussis, ne brillent pas il faut l’avouer pas leur émotion. Les morts ou accidents, les histoires d’amours… tous ces évènements dramatiques qui arrivent habituellement dans les histoires ne sont pas les moments les plus marquants des œuvres citées plus haut. Pire : on peut parfois se demander s’ils ne sont pas simplement utilisés comme des pivots qui vont faire avancer l’intrigue.
A force de trop faire marcher nos méninges pour comprendre c’est l’histoire, on oublie de « ressentir » le coté dramatique d’une histoire. C’est pour cela que les protagonistes de ce genre d’histoire sont souvent des anti-héros. L’intrigue comptant plus que l’émotion, le public n’a pas besoin d’être en empathie totale avec eux. Bien souvent, les auteurs vont chercher l’émotion dans une certaine forme de surenchère dans la mise en scène du drame. Dans des récits policiers on comptera plus sur la manière dont les victimes meurent (Saw, Se7en…), plus que la manière dont les protagonistes ressentent le drame pour faire réagir le public. De la répulsion envers l’adversaire plus que de l’empathie envers le protagoniste. On est loin d’une histoire d’amour ici n’est-ce pas ?
Trouver un juste milieu entre récit complexe et émotion est un challenge difficile. C’est en quelque sorte la quête de beaucoup d’auteurs comme Hitchcock, De Palma ou Shyamalan. Eux-mêmes se sont souvent cassés les dents sur cet exercice. Le cas Shyamalan est à ce titre intéressant car ses histoires se basent toujours sur des protagonistes très caractérisés (un prêtre qui perd la foi dans Signes, un psychologue pour enfant jamais présent pour sa famille dans Le Sixième Sens…). Quand ils assument leurs destinées, ils prennent des choix lourds de sens qui sont souvent à la foi le climax de l’histoire (le fameux twist) et en même temps les scènes les plus émouvantes de l’histoire. Exercice extrêmement difficile.
 

A vous de jouer

Si vous pensez que le moteur de votre histoire est une intrigue dense, vous voilà prévenu : ne comptez pas sur des scènes émouvantes pour faire pleurer le public. Ce qui stimulera votre public c’est la manière dont l’intrigue va se dénouer. Rappelez-vous Columbo. Vous connaissez le tueur dès le départ mais pourtant vous regardez l’épisode jusqu’à la fin. Ce qui vous pousse à regarder l’épisode entier c’est savoir COMMENT l’inspecteur Columbo va confondre le meurtrier. Même constat pour Tintin : l’intrigue prend une telle part dans l’histoire qu’il n’y a parfois plus de textes que de dessins dans une planche.
Évitez donc de vous lancer dans des intrigues complexes si vous écrivez une histoire d’amour, concentrez-vous sur les personnages et la manière dont vous allez faire ressortir l’émotion. Si vous écrivez un récit policier ou de cambriolage par contre….
Alors sur quoi sur quoi s’appuie votre histoire ?

 




 

 

 

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