Top of the Top : Dunkerque


Non, Dunkerque n’est pas un chef d’œuvre ! Mais la vision de Christopher Nolan de l’opération Dynamo – nom donné à l’opération d’évacuation en 1940 de 330 000 alliés encerclés par les Nazis sur la plage – comporte des choix de narration passionnants. Les 5 tours de Magie de Nolan expliqués par Damman. Spoliers compris of course !

1. Le survival : LE genre imparable

De tous les genres, le survival est surement celui qui créé le plus d’émotion chez le spectateur. Quel conflit peut être plus dynamique qu’un homme ou une femme qui essaie de survivre à un serial killer (Saw), à un accident (127 heures) ou à la guerre? Dès le (merveilleux) premier plan de Dunkerque qui voit des soldats pris pour cible dans les rues de la ville, les choses sont claires : il n’y aura pas de temps pour flâner. A tout moment une balle peut vous tuer. La multiplicité des points de vue et des personnages apportera toujours la même conclusion : que l’on soit pilote d’avion ou simple fantassin, jeune ou retraité, la mort rôde à Dunkerque. La vigilance du spectateur est accrue, renforcée par une bande-son omniprésente qui insiste sur l’urgence (bruits d’horloges). La situation désespérée des soldats livrés à eux-mêmes justifie ce traitement. Et pose fatalement cette question que l’on ne veut jamais se poser : en pareille situation qu’aurions-nous fait ? Survivre est un besoin primaire. Certains personnages seront héroïques, d’autres lâches. Pas besoin d’en faire plus pour décliner ce thème universel.

2. Des symboles, encore des symboles

Une guerre se doit d’avoir des symboles. Des héros, des martyrs, qui vont créer une identification, favoriser une cohésion collective auprès de la population pendant cette période noire. Dans les récits, c’est pareil : il faut des symboles. Ces symboles ont d’ailleurs bien plus de force dans des récits de guerre. Ils donnent de la profondeur et une cohérence globale au récit. Un récit aussi morcelé et complexe que Dunkerque en a plus qu’un autre ! Nous sommes ici dans une guerre totale. Les alliés doivent sauver par tous les moyens des centaines de milliers de soldats. Le moyen choisi par Christopher Nolan pour rendre compte de l’ampleur du combat et de la tactique mise en œuvre par le camp des alliés est de montrer symboliquement tous les partis concernés. Des soldats sur la plage. Des navires en mer. Des avions (de chasses, bombardiers). Et l’eau. Symbole ici de mort. La faible caractérisation des personnages (voir point 3) les transforme en quelques sortes en symbole. La ville même de Dunkerque deviendra un symbole de la résistance et de la cohésion des alliés, en partie Britannique comme l’a rappelé le réalisateur lors la promotion du film.

3. Une gestion du temps de haute volée

Le temps est un sujet récurrent dans la filmographie de Christopher Nolan. Leonard, le protagoniste de Memento qui perd toute notion du temps du fait de ses problèmes de mémoire, Cooper dans Interstellar coincé dans une planète où chaque minute qui passe dure plusieurs années sur Terre, le temps qui s’étire durant les inceptions… Le temps est à la fois chez Nolan un élément de l’histoire et un outil narratif. Reprenant l’idée d’Inception, le cinéaste britannique va prendre le parti étonnant d’utiliser le temps en fonction de son récit. L’histoire sur la jetée durera une semaine, l’histoire en mer une journée, l’histoire dans les airs une heure. Prises individuellement, ces 3 histoires justifient toutes leur durée. Peux-t-on rendre compte du désespoir des soldats sur la plage à travers une histoire d’une heure ? Quel intérêt de filmer un pilote sur une semaine ? Le tour de force de Nolan sera de combiner ces 3 histoires en un climax en mer impressionnant (comment a-t-il eu cette idée d’ailleurs ?). L’intérêt de ce choix étant de rappeler la nécessaire cohésion de tous les combattants pour arriver à la victoire. Le plus impressionnant est que le récit malgré ce stratagème complexe est d’une fluidité irréprochable.

4. Non-caractériser les personnages : un choix courageux

Vous vous souvenez du prénom des protagonistes ? Non ? Normal, ils ne sont quasiment par caractérisés. Le seul prénom dont on se souvient est Gibson car son nom est un élément d’une sous-intrigue. Mais vous saviez-vous vous que le personnage de Tom Hardy s’appelait Farrier ? C’est bien entendu un choix de narration assumé. Nolan l’avoue lui-même, il n’a pas souhaité caractériser ses personnages. Pour cela, on aperçoit rapidement dans le film deux choix de narration radicaux : on ne connaitra pas le passé des personnages ou leur situation avant la guerre. Et il y aura peu de dialogues. Tout cela pour favoriser l’immersion du public dans les destinés des personnages. Certains journalistes ont critiqué ces choix reprochant à Dunkerque d’être à cause de cela superficiel. C’est pourtant ce choix courageux qui fait l’originalité du film. Il est souvent recommandé en effet de donner de l’épaisseur aux personnages pour que l’on s’identifie à eux. Un choix justifié encore une fois par le traitement choisi : un récit de survie. Il montre de manière implacable que face à la mort toutes les vies se valent, que l’on soit ouvrier ou directeur.

5. Des actions qui révèlent les personnages

Des traitres, des héros,… il y a toutes sortes de personnages dans Dunkerque. Donner à voir une large palette de comportements est presque devenu un passage obligatoire dans les films de guerre (la magie du Pont de la rivière kwaï provient d’ailleurs de l’idée d’inverser ce cliché en montrant des personnages héroïques qui sans s’en rendre compte font le mal). Ce qui est intéressant dans Dunkerque c’est le traitement dramatique qui est fait de tous les personnages. S’ils sont peu caractérisés et s’il y a peu de dialogues, comment savoir ce qu’ils valent ? La réponse : les mettre face à des obstacles hors norme. Est-ce que lorsque l’on a presque plus de fuel je dois rentrer à ma base alors qu’un navire est attaqué par les nazis ? Dois-je virer un soldat étranger d’un bateau troué par les allemands pour l’alléger ? Dois-je me livrer à la justice pour avoir tué un petit enfant par inadvertance alors que j’ai l’occasion de fuir sans être rattrapé ? Nolan a su trouvé bon nombre de questions en lien avec le thème qui comble avec brio le manque de caractérisation. Car il sait que dans la vie comme dans les récits dramatiques ce sont nos actions qui nous définissent.

A vous de jouer

Chef d’œuvre ? Récit superficiel ? Et vous, qu’en avez-vous pensé de Dunkerque ?



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