Structurer son récit

Il n’existe pas de règles de construction pour un récit. Pourtant si on les analyse, quelle que soit l’époque ou le mode d’expression, vous constaterez qu’il se dégage à chaque fois une structure commune. Une structure, qu’inconsciemment le public connait déjà et qu’il vous faudra donc bien maitriser si vous souhaitez le surprendre ou tout de moins le satisfaire.

 

L’analyse du récit en 3 actes

On divise communément les récits en 3 actes : Exposition / Développement / Résolution. Cette structure issue du théâtre est la plus répandue.
Les 3 actes d’un récit peuvent être résumés par une ligne qui va du début à la fin de l’histoire : la courbe dramatique. Le protagoniste est confronté à un évènement dont la problématique va aller crescendo jusqu’au climax final avant sa résolution finale.

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A chaque acte, sa fonction ! Chaque acte a un rôle à jouer dans le développement de l’intrigue, du thème ou des personnages :

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A l’intérieur d’un acte
Si une histoire se décompose en plusieurs actes, un acte est lui-même est structuré en plusieurs sous-parties qui ont chacune leurs rôles. Voici la définition qu’en donne Robert McKee dans son livre Story :

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Ce qui donne la décomposition suivante :
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Regardons à présent de plus prêt le rôle de chacun des actes et les techniques utilisées pour les rendre captivants…

 

Acte 1 : l’exposition

Brian De Palma a pour habitude de dire qu’il lui suffit de regarder les vingt premières minutes d’un film pour savoir s’il sera bon ou non. Si ce n’est pas le cas, il sort de la salle de cinéma ! Cette approche pour le moins directe démontre bien l’importance du 1er acte d’un récit. Accrocher le public, l’inciter à poursuivre l’histoire, c’est clairement l’enjeu majeur du 1er acte !
Toute la complexité de l’exercice réside dans le fait que l’auteur doit dans un cet acte exposer au public en même temps plusieurs éléments indispensables au bon fonctionnement du récit :
  • Le protagoniste (ses traits de caractères, son quotidien, sa situation sociale)
  • Le monde dans lequel il évolue (lieu, période, personnages secondaires)
  • Le genre dans lequel s’inscrit l’histoire
  • Son point de vue, c’est-à-dire la manière dont l’auteur traitera l’histoire : la narration, le rythme, les dialogues, le thème développé…
  • L’enjeu dramatique central du récit et le fameux premier coup de théâtre (appelé aussi « incident déclencheur ») à la fin du 1er acte qui le fait basculer vers le 2ème acte
Pour toutes ces raisons, beaucoup de premiers actes peuvent sembler long au public. Pour qui a lu Le Père Goriot de Balzac, beaucoup se souviendront de l’interminable description de la résidence où se déroulera l’essentiel de l’histoire. L’exposition des informations doit être subtile, l’auteur devra réfléchir à des situations où les informations passeront autrement que de simples dialogues, notamment des scènes d’actions. A proscrire donc ces scènes clichés où dès les premières minutes, le protagoniste parle avec son meilleur ami, ce dernier lui rappelant toutes les informations qu’il sait déjà dans le but d’informer le public ! (« oh Jim comment fais tu pour être le meilleur flic de la ville »). Obtenir des scènes d’exposition fluides est extrêmement difficile, mais rappelez-vous le jeu en vaut la chandelle ! Il s’agit de capter l’attention du public !
Pour lui donner du rythme, l’auteur a souvent recours aux amorces, accroches ou teaser. Il s’agit d’une scène d’action ou d’une sous-intrigue qui permettra de présenter dans leur contexte quotidien les personnages. C’est le cas des scènes d’introduction de Mission : Impossible ou L’Arnacoeur. Attention à la chute toutefois ! A démarrer trop fort, on risque d’ennuyer ou décevoir le public, comme c’est le cas par exemple après l’explosive intro d’Opération Espadon.
Au début du 1er acte, le protagoniste n’est pas enclin à changer. Cependant à la fin de cet acte, sa situation a radicalement évolué. Il a quitté son quotidien, sa routine. Il doit maintenant s’engager dans l’inconnu pour résoudre, un dilemme moral, une crise.
Il n’y a pas de durée type pour un 1er acte. On considère néanmoins que l’incident déclencheur et donc l’enjeu de l’histoire doit être révélé avant le premier tiers du récit… sous peine de perdre définitivement l’attention du public ! Les cas particuliers bien entendu existent. La Corde commence directement par l’incident déclencheur : un meurtre par étranglement dès le premier plan (en même temps c’est vrai le film est un seul et unique plan-séquence…)

 

Acte 2 : le développement

Le 2ème acte est aussi appelé « conflit » car le protagoniste combat des obstacles qui l’empêchent d’atteindre son objectif. L’intrigue se développe et enrichis la connaissance de la problématique. Le public intègre à travers le protagoniste la difficulté du défi au fur et à mesure qu’il traverse les obstacles, toujours plus complexes. Jusqu’à l’obstacle le plus important (le climax) qui va nécessiter de la part du protagoniste un choix irréversible.
Les conflits peuvent être de plusieurs ordres :
  • Internes : un protagoniste en conflit avec lui-même (Eternel sunshine of the spoltless mind, Un Homme d’exception, Aviator)
  • Extra-personnels : un protagoniste en conflit contre la société (L’Affaire Lincoln, Ragtime), l’environnement (Les Dents de la mer), d’autres hommes (Training day),…
Le 2ème acte est le ventre mou d’une histoire. Moins original ou riche d’information que le 1er acte et moins spectaculaire que le 3ème acte, le récit avance progressivement vers son point de non-retour. Vous l’avez compris : le risque du 2ème acte est de rester trop plat. Beaucoup trop de récits tombent dans ce piège. Le récit avance en effet moins vite que le 1er acte, on développe l’intrigue, les personnages, le thème. Pourtant il faut maintenir un haut niveau d’intensité.
Pour donner du rythme, l’auteur utilise des temps forts, par exemple des scènes d’actions (les scènes de fusillade dans Heat ou la course poursuite dans Se7en) ou des twists. Un moment important notamment est le tournant (turning point) dans l’histoire : ce moment au milieu du récit où tout semble s’opposer au protagoniste. Il perd foi (dans le monde, dans les autres ou en lui) puis il retrouve la foi, ou acquiert de nouvelles croyances ou valeurs. Il s’ouvre à de nouvelles visions, de nouvelles perspectives.

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Le danger augmente par pallier, et l’intrigue gagne en intensité à chaque danger. Plus le protagoniste traversera des moments difficiles (pertes d’un ami, des antagonistes forts,etc.), plus il obtiendra l’empathie du public. Ses valeurs face aux obstacles vont elle-même être remises en cause. Ces faiblesses mises en évidence, elles aussi favorise l’empathie du public.
Le 2ème acte est la partie la plus longue de l’histoire. D’où l’importance de ne pas le négliger. Il prépare le 3ème acte : la tension monte à un point que le protagoniste est obligé de prendre une décision irrévocable….

 

Acte 3 : la résolution

La résolution c’est la solution :
  • AU NIVEAU DE L’INTRIGUE : c’est le moment où l’on résout la question dramatique. Dans un récit policier, on découvre le meurtrier, un récit judiciaire on apprend le jugement de la cour, dans une histoire d’amour on découvre si les personnages vont finalement se mettre ensemble…
  • AU NIVEAU DU PROTAGONISTE : il prend une décision qui sera irrévocable et assumera ainsi son destin (positif ou négatif….). Cette décision va lui permettre d’évoluer et voir la vie d’une façon différente
  • AU NIVEAU DU THÈME : l’auteur donne son point de vue final sur le thème développé à travers le destin des personnages
En ce qui concerne le traitement de ces résolutions, il n’y a encore une fois pas de règles pré-écrites. Heureusement d’ailleurs ! L’issue finale la plus complexe et la plus intéressante consiste à faire converger dans le climax tous les différents niveaux de résolution pour donner plus de densité à la conclusion. Dans Signes, lors du climax final, le prêtre retrouve la foi (thème de l’histoire et évolution du personnage), ce qui dénoue l’intrigue (il devient le symbole de la rébellion des hommes contre les extra-terrestres). Les résolutions de différents niveaux peuvent aussi s’étalonner. Tout est question de dosage et de rythme.
Comme toute conclusion à une histoire, celle-ci se doit d’être forte et mémorable. C’est pour cela que beaucoup de récits d’actions calent leurs scènes les plus spectaculaires à ce moment. Dans les histoires de conflits personnels – notamment les films romantiques – les grandes explications interviennent dans le climax final.La résolution est habituellement assez courte, maximum un quart de l’histoire mais l’émotion et le spectacle doivent être à leur apogée à ce moment !

 

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D’autres types de structure existent…. mais on revient toujours au même schéma !

Si la structure en 3 actes est comme nous l’avons vu la plus répandue, il est intéressant d’indiquer qu’il existe pourtant différentes approches ou cas particuliers :
  • John Truby dans son célèbre livre « Anatomie du scénario » établit 7 étapes clefs dans la structure d’une histoire :
    1. Le besoin moral → problème initial = faiblesse et besoin psychologique
    2. Le désir → ce que veut le protagoniste
    3. L’adversaire → antagoniste simple ou multiple
    4. Le plan → le protagoniste met en place une stratégie qui échoue
    5. La bataille → confrontation décisive, inéluctable et irréversible
    6. La révélation à soi-même → le protagoniste en sait plus sur lui-même, il change
    7. Le nouvel équilibre → la situation est stabilisée, en bien ou en mal.
  • Les récits anti-structure : ce sont des récits dont la structure est volontairement expérimentale. Prenez Pulp Fiction… et essayer d’y appliquer la structure en 3 actes. Vous n’y arrivez pas ? C’est normal, sa structure hors-norme et morcelée dans le temps est justement une de ses principales forces. Les récits à sketches, chapitrés ou les récits choraux (les films de Robert Altman par exemple) ont aussi beaucoup de difficulté à rentrer dans ce moule. D’autres exemples atypiques existent aussi tel que Full Metal Jacket (découpé en 2 actes avant/pendant la guerre). Certains récits n’ont même qu’un acte (Leaving Las Vegas).
Hors mis ces récits anti-structures – souvent expérimentaux –  la majorité des récits sont structurés autour de ces 3 actes. Faites l’exercice : analysez la structure de vos récits préférés. Est-ce que vous retrouverez 3 actes ?

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