Raconter une histoire

Jean Cocteau disait : « écrire c’est se battre avec l’encre pour se faire entendre ». C’est ça se lancer dans l’aventure d’un récit : se mettre à nue, aller au plus profond de soi-même, utiliser son expérience pour en faire ressortir quelque chose de profond et personnel sur la vie.  Pour cela, l’auteur dispose d’une palette d’outils à sa disposition, en particulier l’intrigue, les personnages et le thème. Tout l’enjeu d’une bonne histoire réside dans le fait de maitriser ces outils, tout en adoptant un point de vue personnel et adapté au mode d’expression choisi (bande-dessinée, roman, série, cinéma…)
 

Point de vue narratif 

Dans son long travail préparatoire à l’écriture d’un récit, un auteur emmagasine des quantités d’informations, construit un monde fouillé, des destins, des personnages profonds qui vont alimenter son idée directrice. Cette idée va se transformer en une intrigue forte, adaptée à ses attentes et celle du public (rebondissements, scènes d’actions, révélations…). Ce travail préparatoire va enrichir à la fois le thème et le point de vue, c’est-à-dire la distance que l’auteur va prendre par rapport à l’histoire, aidé par le mode d’expression qu’il va choisir. Pour cela, plusieurs possibilités s’offrent à lui :
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Le point de vue interne est très adapté au roman, et donc plus difficile à adapter de manière pertinente dans des récits visuels (cinéma, théâtre). Le point de vue externe, extrêmement visuel, est à l’inverse moins adapté au roman.
Selon le point de vue adopté, le recours à une « voix » est recommandé. La voix-off s’applique en particulier aux points de vue internes ou zéro. A partir du moment où l’on veut entrer dans la tête d’un personnage il faut faire appel à un narrateur, une voix qui nous décrypte ses pensées. Cette voix s’exprime de différentes manières selon les choix de l’auteur :
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Le recours à la voix-off est très tentant dans le sens où à travers elle il est possible d’exprimer des choses difficiles à transmettre par l’intrigue ou les personnages. Elle présente néanmoins un risque : être trop bavard (ou littéraire) et dévoiler trop d’informations sur l’histoire. Au cinéma on voit (ou plutôt on entend) souvent des voix-off qui ne font que décrire ce que l’on voit à l’écran au lieu d’y apporter un autre niveau de lecture. Inversement, beaucoup de classiques de la littérature adaptés au cinéma utilisent des voix-off, car l’auteur n’a pas réussi a prendre de la distance avec le récit très descriptif littéraire. Dernier écueil fait à la voix-off : il est très difficile de surprendre le spectateur, pas impossible (Fight Club) mais difficile !
 

Construire un monde

Parmi les travaux préparatoires de l’auteur figure en tête de liste la modélisation d’un environnement dans lequel vont évoluer les personnages.
Ou va se dérouler l’action ?
Un conseil simple et pratique : le choix du ou des lieu(x) doit servir l’intrigue ! On rencontre souvent des récits ou le décor n’a proprement pas de fonction. C’est dommage car c’est se priver d’une cartouche qui va enrichir une histoire. Les décors eux même peuvent avoir un sens et déterminer l’action. New-York – la nouvelle Babylone -avec ses démons en statut souvent mis en avant dans L’Associé du Diable lui donne un côté ville-fantôme adapté au genre fantastique du film. On peut aussi prendre l’exemple de décors restreints : le choix de l’unité de lieu met par exemple la pression sur les personnages (La Corde, Buried, 12 hommes en colère).
Dernier avantage, la construction d’un monde détaillé rendra l’histoire plus authentique. C’est en s’inspirant des récits de la rue et en filmant directement dans les ghettos de Baltimore que la série Sur Ecoute tire son réalisme saisissant.
A quelle période de l’année ?
Oui la période peut avoir du sens ! Même symboliquement. A titre d’exemple, les différentes saisons dans Quand Harry rencontre Sally traduisent les changements d’humeurs des protagonistes. Plus classique, la nuit fait ressortir les démons, les doutes, etc.
 

Dramatisation et narration

Dramatiser, c’est-à-dire rendre passionnant un récit, lui donner de la profondeur, est un exercice des plus complexes à réaliser pour un auteur. Ce dernier va devoir s’efforcer de sélectionner les meilleurs moments d’une histoire, y injecter une dose d’émotion au fur et à mesure qu’il fera grandir l’enjeu dramatique… vaste programme !
Ce contrat n’est pas rempli dans beaucoup de récits, pour une raison simple : les enjeux ne sont pas clairement posés dès le départ. Si vous ne savez pas ce qui se joue dans une course cycliste aurez-vous envie de la regarder ? Par contre si le commentateur vous explique que le vainqueur sera celui qui passera le premier la ligne d’arrivée dans 53 kilomètres, que les favoris sont dans le peloton mais qu’un jeune français s’est échappé et il compte 7 minutes d’avance sur lui, à présent vous comprenez l’enjeu : ce jeune cycliste va-t-il réussir à faire déjouer les pronostics et battre le peloton qui fonce à toute allure sur lui ?
A travers cet exemple, on constate que la dramatisation du récit n’est pas nécessairement un sujet grave et pesant, mais bien un sujet qui sera captivant aux yeux du public grâce à deux postulats :
  1. Le public comprendra les enjeux en place
  2. Il s’identifiera au protagoniste à travers sa problématique et la manière dont il va la gérer.
L’empathie créée autour du protagoniste fera que le public voudra suivre ses péripéties jusqu’au bout ! Cette empathie ne naît pas forcément au début du récit. Au contraire, l’émotion est souvent développée dans l’acte 2. En respectant les principes de structure et de progression dramatique (les obstacles rencontrés par le protagoniste dans l’atteinte de son objectif), l’auteur pourra développer cette empathie chez le public. A condition encore une fois que ce public connaisse rapidement l’objectif du protagoniste.


L’art de surprendre et distiller des informations

Cette progression dramatique doit comporter son lot de surprises et de temps forts pour maintenir l’intérêt du public. Rappelez-vous, biberonné aux histoires depuis son plus jeune âge et sous toutes les formes (tv, journaux, roman…) le public connait inconsciemment les ficelles d’un récit ! Anticiper ses attentes et le surprendre est devenu un enjeu capital pour tout auteur !
Il existe des techniques connues et qui ont fait leurs preuves :
  • Fausses pistes ou fausses attentes chez le public : dans Million Dollar Baby, la surprise au milieu du deuxième acte est d’autant plus inattendue que toute la construction du récit reprenait les codes du récit sportif : rédemption, ascension et victoire !
  • Implants: utiliser un détail ou fait qui sera sur le moment anodin mais plus tard utile pour le récit comme la boule de cristal dans Citizen Kane
  • La narration a un rôle essentiel dans la dramatisation du récit. Elle peut aussi surprendre le public. A travers elle, l’auteur a la possibilité de sélectionner et hiérarchiser les informations qu’il va donner au public. Certains points important peuvent être volontairement occultés, présentés plus tard. De quoi distiller des révélations finales ou des coups de théâtre marquant.
Ces dissimulations ou ellipses, peuvent même concerner la voix-off (on les appelle parallipse) : dans Fight Club, le narrateur oublie par exemple de nous relater un point important pendant tout le récit. Son lien avec Tyler Durden…
La narration peut aussi être fragmentée :
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Ces techniques ne doivent cependant pas apparaitre comme de simples artifices, elles doivent être proposées au public au moment opportun et seulement quand il est important de les dévoiler.
 

Rythme

Dans le combat que l’auteur mène pour maintenir l’intérêt du public, le rythme est un allié hors pair. La Courbe de l’intrigue reflète bien sa mission : l’enjeu dramatique doit constamment croître… sans pour autant abrutir d’informations le public. Qu’on se le dise, aligner les scènes d’actions ne constituera pas un récit brillant !
Le rythme est une vraie composante d’un récit. Même choisir de faire un récit plat pour raconter la monotonie d’une vie (The Barber, l’homme qui n’était pas la) exige une véritable réflexion sur comment « éviter » de monter le rythme trop haut et trop vite.
Donner du rythme, c’est aussi proposer des scènes calmes. Dans L’Arme Fatale, nous prenons le temps entre deux scènes d’actions de voir les liens se tisser entre les deux protagonistes. Ces moments de « calme », sont traités à travers des scènes humoristiques et/ou des intrigues secondaires. L’intrigue principale passe quelque temps en second plan, ce qui permet au public de « respirer » un peu.
Le rythme est aussi spécifique selon le genre. Prenons l’exemple d’un récit catastrophe : les scènes d’exposition seront longues, trèèèès longues ! Nous prendrons le temps de découvrir les personnages, qui ils sont ou plutôt qui ils prétendent être. Car avec la catastrophe, leurs actions les révèleront. On juge souvent les histoires de catastrophe en fonction des effets spéciaux finaux mais l’arc dramatique des personnages joue pourtant un rôle primordial car ces catastrophes ont des impacts immédiat sur le destin des personnages. Et ceux sont bien aux les héros de l’histoire pas les scènes spectaculaires ou les effets 3D d’un film.


L’importance (ou non) du dialogue

Autant être direct : attention aux dialogues ! S’ils sont seulement descriptifs, trop bavards… le récit, aussi passionnant soit-il, risque d’être plombé par les dialogues. Les dialogues sont un mal nécessaire ! Ils font avancer l’histoire, reflètent le pensées des personnages. L’auteur ne dois y avoir recours que lorsqu’il n’a plus le choix !

« L’auteur n’explique jamais ses idées via les dialogues mais avec la dynamique des évènements. »

Quand George Miller a pensé à la conception de Mad Max,  il souhaitait au départ faire un film muet ou seule l’action des personnages développait l’intrigue (idem pour Mad Max : Fury Road 30 ans plus tard). Beaucoup d’auteurs ont développé une approche méfiante vis-à-vis du dialogue et ont développé des récits avare en dialogues pourtant d’une grande profondeur (Sergio Leone, Don Siegel, Tarkovski, Clint Eastwood ou récemment Gonzalez dans Le Revenant).
Ceux qui prennent le contrepied à ces recommandations maitrisent parfaitement le tempo des récits (Woody Allen) ou savent prendre le contrepied des conventions avec pertinence (Tarantino et son légendaire sens des dialogues décalés.)
Il faut donc être concis dans la conception des dialogues. Tout comme il faut être proche du langage quotidien pour être plus « vrai ». Enfin, dernier conseil : éviter les longs monologues ! N’est pas Tarantino qui veut !


Se lancer dans l’écriture d’un récit

Écrire vient d’une envie personnelle, cachée là au fond de soi. Une envie de donner au monde sa vision sur la vie, les hommes et les femmes, notre mode de vie, nos institutions. Ou à minima porter un regard, un éclairage sur l’un de ces points. Il peut s’agir de sujets souvent abordés (l’amour, les séparations, les guerres) ou des sujets d’actualités récents (l’homme face à la modernité, les attentats…). Dans tous les cas tous les récits, traiteront toujours du même sujet : la nature humaine. Mais au final ce qui fera la différence c’est le traitement qui sera fait du sujet.
On dit souvent que pour être authentique, un auteur doit s’inspirer de son vécu. C’est vrai. L’auteur a des choses personnelles a dire, issues de son expérience passée, de son éducation, etc. Le travail d’investigation doit compléter les éléments que va développer l’auteur.
 

Une approche technique poussée

Écrire… c’est réécrire ! Le premier jet n’est JAMAIS le dernier. Il faut modeler, couper, tester, varier pour arriver à un matériau convenable. L’ambition de l’auteur dois être poussée à son paroxysme avec toujours cette idée en tête : surprendre le public !
Oui, écrire un récit n’est pas une tache de tout repos. Bien au contraire ! Écrire une histoire requiert deux compétences distinctes mais complémentaires : de l’imagination et une grande capacité à analyser / se projeter dans le récit. La pensée analytique est indispensable ! Prenons l’exemple de la construction d’un protagoniste. Pour le rendre passionnant, c’est-à-dire complexe, il est utile de construire son histoire antérieure (les choix qu’il a fait par le passé, son contexte social, etc.) pour expliquer pourquoi il est qui il est aujourd’hui et ses motivations, parfois contradictoires. Tous ces traits de caractères seront ensuite intégrés et utilisés dans l’histoire, en veillant à favoriser l’empathie du public avec ses qualités et ses faiblesses. Fastidieux ? Non passionnant ! Le travail d’investigation, les heures passées sur Internet, dans les bibliothèques, sur le terrain à interroger des spécialistes fourniront des informations précieuses qui enrichiront la construction de ce personnage mais aussi du monde, et même de l’intrigue et du thème.
Cette pensée analytique qui consiste à toujours réfléchir aux conséquences de telle ou telle modification sur un personnage ou un point de l’intrigue vous amènera à réécrire encore et encore l’histoire jusqu’à ce qu’elle devenir une récit captivant et cohérent.
 

 

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