Maitriser les récits de genre

Savoir identifier le genre d’un récit est capital. A la fois pour indiquer au public le type d’histoire dans lequel il s’engage, mais aussi parce que chaque genre comporte ses propres codes de construction du récit. Une boite à outil indispensable pour chaque auteur !

 

Principaux genres et codes

Chercher à lister les genres d’un récit est un exercice sans fin ! Entre les genres, les sous-genres, les mélanges de genre… impossible de s’y retrouver. Si l’on veut malgré tout simplement identifier le genre d’un récit, un critère déterminant d’analyse sera l’intrigue. Grâce à l’analyse de l’intrigue, certains genres majeurs apparaitront : le drame, la comédie, la science-fiction (fantastique inclus), le policier, l’horreur, les westerns et les récits d’auteur. Cette classification est arbitraire, elle diverge selon les professionnels.  La liste pourrait si on le souhaite être allongée (aventure, guerre, dessin-animée, biographie…). Néanmoins,  l’essentiel des récits se retrouvent dans ces catégories.
Pour pimenter tout cela, à l’intérieur de ces mêmes genres, figurent des sous-genres. Un exemple ? Prenons le genre policier : enquêtes, gangsters, judiciaires, espionnage… Les récits d’aventures peuvent aussi par exemple lorgner vers la comédie (Pirates des Caraïbes) ou le drame (La Plage).
Les genres influent sur la construction du récit et nécessitent des traitements spécifiques :
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Cette liste n’est pas une table de loi. L’art du récit est en effet plus subtil que cela. Pourtant, maitriser les codes qui régissent un genre est essentiel. D’abord parce qu’ils sont consciemment ou inconsciemment connus du public, et que ce dernier a de ce fait une certaine attente face à un récit de genre. Ensuite parce qu’ils permettent d’éviter de commettre des erreurs. Par exemple, caractériser fortement un personnage peut plomber un récit comique. Enfin, les maitriser c’est l’occasion de transgresser ou transcender le genre en y apportant son lot de surprises. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles, les récits de genre se régénèrent de génération en génération, évoluant en fonction des obsessions de la société.

 

Des genres qui évoluent

De la même manière que les valeurs d’une société évoluent avec le temps, celles des auteurs et donc des récits évoluent aussi. Ces regards différents posés sur le monde à travers les époques est très visible, surtout lorsqu’on les analyse pas genre  :
  • Les drames : peut-être le genre le plus en lien avec les sujets d’actualité. Les Nuits fauves qui évoque la génération SIDA des années 90, Voyage au bout de l’enfer et le retour difficile des vétérans de la guerre du Vietnam, … tous ces récits cherchent à donner un éclairage spécifique sur les petits et grands évènements de notre société.
  • Les histoires d’amour : du romantisme lyrique de Goethe (Les Souffrances du jeune Werther) au divorce de Kramer contre Kramer, la vision du couple a beaucoup changé ! A l’heure des divorces et autres séparations complexes, beaucoup d’histoires d’amour montrent la face sombre du couple.
  • Les films d’horreur : Se7en et surtout le 11 Septembre 2001 ont clairement eu un impact sur ce genre considéré comme mineur à la fin des années 90 et réhabilité depuis. Comme pour exorciser ces morts – et ces images d’hommes et de femmes se jetant du haut de World Trade Center pour échapper aux flammes, le cinéma (et derrière lui le public) a eu besoin de récits plus en lien avec la réalité, dans ce qu’elle a de plus sombre. Le carton entre autres des films Saw s’inscrit dans ce besoin de voir la mort en face, pour se sentir vivant.
  • Le western : au départ considéré comme un genre rappelant la constitution des démocraties occidentales modernes et notamment le recours aux armes pour l’établir (le fameux deuxième amendement américain), ce genre s’est mué en genre ironique dans les années 70. Il est aujourd’hui entre autre devenu un genre qui prône l’intégration notamment des afro-américains à travers des films comme Impitoyable, Django Unchained ou le récent remake des 7 mercenaires avec Denzel Washington.
  • Les récits d’action : beau, cool, toujours propre sur lui et en avance sur l’antagoniste, le héros des années 60 a progressivement fait place à des personnages toujours plus ambiguës. Les rôles ont même eu à tendance à s’inverser jusque dans les années 90 : l’antagoniste a parfois  pris la place du protagoniste dans le coeur du public ! Le méchant est devenu plus expert et plus humain tandis que le héros a une vie plus dissolue (Heat ou la série Sur Ecoute), brouillant ainsi les frontières entre le bien et le mal. L’avènement des Jack Bauer et autres Jason Bourne, plus insensibles et pour qui seule la fin justifie les moyens ont rendu le Samourai Alain Delon et son code d’honneur obsolète ! Regardez James Bond… même lui a ses propres trauma depuis 10 ans ! Les récits d’actions ont aussi intégré une composante de nos sociétés modernes, symbolisée par Internet : l’urgence. Le temps est clairement une donne qui a beaucoup changé dans les récits d’action. On recherche des situations en « live » (24h Chrono) pour une immersion totale.

 

 

Transgression et mélange des genres

Inscrire un récit dans un genre permet au public de bien identifier la promesse qui lui est faite. D’une certaine manière il est rassuré. Mais le rapport du public aux récits de genre est plus complexe que cela. Bien éduqués aux récits, en particulier de genre, il est de plus en plus difficile de le surprendre ! Dans les années 80 et 90, on voyait beaucoup de récits d’actions qui avaient recours à des scènes de résolution étirées. Dans Terminator 2, le T1000 mourrait… mais non… il renaissait de ses cendres, il fallait le tuer une seconde fois ! Utilisé maintes et maintes fois ce procédé est considéré aujourd’hui comme obsolète. Il faut sans cesse trouver de nouvelles manières de susciter l’émotion. Et c’est mieux ainsi !  Pour innover, on voit de plus en plus apparaitre des récits qui mélangent les genres. Un procédé risqué, mais souvent payant. Quelques exemples :
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Toutes ces histoires partagent la même volonté de provoquer un tournant fort qui fait basculer le récit sans qu’on l’attende vers un autre genre. Pour cacher ces effets de surprises, le tournant n’est bien entendu jamais suggéré dans la bande-annonce. La bascule de genre peut se faire très tôt ou très tard dans le récit. Ce qui compte c’est l’effet de surprise.
Attention toutefois à vouloir trop en faire ! Mélanger les genres sans lien avec l’intrigue, peut dérouter le public. Mais bien faite, cette idée peut se révéler payante  : ajouter une touche de fantastique pour souligner la perte de repères du protagoniste dans des récits dramatiques comme Un Prophète ou Match Point est à ce titre une idée lumineuse qui apporte une respiration à une narration dense. Dans un genre extrême, mélanger plusieurs genres dans un récit comme Rocky Horror Picture Show (musical, gay, horreur…) est sur le papier disons périlleux ! Ou alors il faut assumer ce mélange pour en faire une œuvre d’auteur volontairement foutraque (les films de Terry Gilliam, David Lynch ou Emir Kusturica). Tous les mélanges sont possibles et accouchent parfois d’œuvres étonnantes : des genres a priori opposés Comédie/Horreur (Evil Dead) ou récemment Animation /Comédie Adulte (Saucasse Party). Il y a surement encore des territoires inexplorés !

 

 

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