L’arc de transformation des personnages : un outil pour viser juste




Avec toutes les épreuves que va vivre le protagoniste durant un récit, vous ne pensez pas qu’il a intérêt d’en retirer des informations précieuses ? Ces épreuves vont à coup sur le changer. L’opération qui traduit cette évolution est appelée l’Arc de transformation. Derrière cette expression barbare se trouve un outil lumineux pour enrichir votre récit.
 
Ca y est le méchant a été mis hors d’état de nuire. Pendant que la police lui met les menottes, notre héros discute de manière badine avec sa prétendante avant d’enfin parvenir à l’embrasser. Travelling arrière, musique et générique de fin. THE END ! Combien de fois avez-vous assisté ce type de fin, très à la vogue dans les années 80 (d’Indiana Jones a L’Arme fatale et j’en passe). Cette scène anodine, sans enjeu, parfois cliché, viens pourtant clore un moment important du récit : la transformation du personnage principal. Les actes qu’il a accomplis durant le récit l’ont changé, il se comporte différemment et ses proches l’ont ressenti. C’est ainsi qu’il est récompensé par ce fameux baiser de fin qu’il n’aurait surement pas obtenu avec le comportement qu’il avait au début récit. Ce n’est pas clair ? Reprenons depuis le début !

 

Le défi qui va transformer le personnage

Au début d’un récit, le protagoniste a une vie qui suit son propre cours (positif ou négatif). Quand un évènement (décès, accident, licenciement, enlèvement, etc.) l’extirpe de sa routine. Après cet évènement plus rien ne sera comme avant. Notre protagoniste devra y faire face. Il devra agir, c’est le seul moyen pour lui de retrouver sa vie d’avant. Du moins le pense-t-il. Problème : pour ce faire le protagoniste devra prendre une décision. Parce que choisir c’est renoncer, le protagoniste prend du temps avant de prendre cette décision. Car il sait qu’elle est lourde de conséquence : elle l’oblige à changer ! C’est seulement sous une extrême contrainte (la peur de perdre une personne cher, un job, mourir, etc.) qu’il finit par assumer son destin et  faire finalement ce choix (le fameux climax). On dit souvent que ce sont nos choix qui nous définissent. Nos actes constituent nos expériences de vie, pour peu qu’on les analyse on en apprend beaucoup sur soi à travers eux, en bon comme en mauvais. Mais on progresse. Un récit est une tranche de vie qui montre une de ces expériences. Ce que le protagoniste va en tirer constitue souvent la démonstration du thème du film. Ce que l’on tendance à appeler de manière simpliste « la morale du film ».

 

La transformation c’est maintenant !

Contrairement aux idées reçues, la transformation du personnage ne se produit pas à la fin de l’histoire. Elle a lieu – ou plus précisément elle est rendue possible – dès le début par la façon dont on établit les bases. L’incident déclencheur va entamer cette transformation et pousser le protagoniste à évoluer pour trouver atteindre l’objectif qu’il s’est fixé.

Exemples de transformations :

 

Différents types de transformations

En dehors des récits extrêmement sombres (Scarface, Se7en), le protagoniste agit pour devenir un homme meilleur. De ce fait il part au départ avec certaines tares qu’il va devoir gommer s’il veut arriver à ses fins. John Truby dans son excellent livre « Anatomie d’un scénario » a répertorié quelques exemples de transformations (non-exhaustive) que je me permet de vous retranscrire agrémenté d’exemples de récits :
  • D’enfant à adulte (Forrest jump)
  • D’adulte à leader (Matrix, Gandhi)
  • De cynique à engagé (Casablanca, Le Placard, Jerry Maguire)
  • De leader à tyran (Le Parrain, Breaking Bad, Soprano)
  • De leader à visionnaire (Rencontre du 3eme type, Aviator)
  • La métamorphose (Loup-garou, La Mouche, Hulk)

 

L’impact de l’intrigue sur le personnage

Une véritable transformation engendre une remise en question et une modification des croyances du héros qui l’amènent à adopter un nouveau comportement moral. C’est pourquoi une transformation si profonde peut se faire en plusieurs fois au cours de l’histoire.
Il ne faut pas oublier que l’objectif du protagoniste n’est pas nécessairement ce qu’il souhaite au premier niveau. Pour reprendre l’exemple de départ, dans bon nombre de récits policiers, le protagoniste souhaite arrêter son adversaire, mais en filigrane ce qu’il désire vraiment c’est conquérir le cœur d’une personne (ex : Die Hard). Ce qui est intéressant dans ces cas de figures, c’est que son désir moral ne lui apparait pas clairement durant le récit, plus généralement lors du climax. Pour atteindre son objectif il est obligé de remettre en question ses croyances les plus profondes il examine les choses auxquelles il croit vraiment décide de ce qu’il va faire puis entreprend une action morale pour prouver qu’il a changé (le fameux discours de fin dans Jerry Maguire).
 

La révélation enfin !

Le second acte est donc primordial pour faire ressentir l’évolution du personnage. Le personnage principal va tenter d’avancer mais en essayant de faire le moins de compromis possible sur son comportement. Chacun des obstacles qu’il trouvera sur sa route lui feront réaliser progressivement qu’il doit « changer » mais il retardera autant qu’il le pourra cette action. Jusqu’à l’épreuve ultime ou il n’aura plus le choix, il devra faire un choix, un choix qui sera aussi un moral s’il veut réussir ! Il agira et réagira sur le plan émotionnel et il finira par découvrir ce qu’il veut vraiment. Ce moment c’est la révélation !
La révélation est un moment clef du récit, à traiter avec attention pour ne pas rentrer dans les cliches ! Il doit comporter beaucoup d’impact dramatique, créer  une rupture chez le protagoniste visible par le public. Le héros réalise le mal qu’il a fait et ceci dois le pousser a faire une action moral pour mettre en pratique son nouveau comportement. Repensez à George Bailey qui à la fin de La Vie est Belle réalise à quel point il s’est comporté comme un égoïste en voulant se suicider et cours embrasser sa famille. Je parie que vous avez d’autres exemples de récits avec des révélations marquantes en tête !

 

Connaitre ses personnages

Parvenir à faire évoluer ses personnages avec brio implique que l’auteur les connaisse dans le détail ! Comme souvent évoqué dans Magic Story, la construction des personnages est l’un des piliers du récit. En se plongeant dans son passé, ses motivations, ses traits de caractères, l’auteur sera surpris de les voir évoluer naturellement en fonction de l’intrigue. Parfois même différemment que ce qui était prévu au départ. C’est ce qu’on appelle un moment de magie !
A partir des informations que vous aurez collecté sur votre protagoniste, vous pourrez créer un lien avec le public en jalonnant l’exposition d’indice montrant ses limites, en lien avec les éléments qu’il apprendra au fur et à mesure de l’histoire. Introduisez vos personnages rapidement, donnez juste ce qu’il faut d’informations à leur sujet pour accrocher votre lecteur, pour établir un lien d’empathie durable. Cette connexion est primordial pour donner envie de le suivre. Il est donc important de le montrer imparfait aux yeux du public, il faut qu’il ait quelque chose à améliorer. Seule une grande connaissance des personnages permet de jouer avec les attitudes et les points de vue.
  

Des cas particuliers

Je ne vous apprendrais rien en vous indiquant que le public (et les auteurs) ont une attrait de plus en plus fort pour les séries. Pour les auteurs, les séries présentent l’avantage de pouvoir développer la psychologie des personnages, et aller de ce point de vue bien plus loin que le format cinéma. Paradoxalement pourtant le format de la série oblige souvent de « figer » le personnage. La caractérisation sera souvent forte et pertinente mais le personnage évoluera peu comparé au cinéma. La raison est souvent due au fait que la transformation est tellement étirée qu’elle en en devient peu perceptible.  Aussi et surtout parce que le public qui chaque semaine retrouve son protagoniste a besoin de repères fiables, et d’un héros qui n’a pas changé par rapport à la semaine précédente. Le Dr House reste globalement le même quelle que soit la saison. Plus drôle, les personnages Simpson reviennent toujours à la case départ à la fin de l’épisode (la petite Lisa en plus de 25 saisons ne sait toujours marcher). Bien sur, toutes les séries ne sont pas structurés de la sorte. Les protagonistes entre autres des Soprano, Lost, Dexter ou Breaking Bad évoluent au fur et mesure que la série avance. Cela n’a pas empêché certains de proclamer la série avait tué l’arc de transformations !
Un autre cas de figure – plutôt rare mais extrêmement intéressant : le personnage qui n’apprend rien de ses épreuves ! Dans Leaving Las Vegas, le personnage décide dès le début du récit de se suicider en buvant. Rien ne le détournera de son objectif (oups vous n’aviez pas vu le film ? ). Ou dans Pirates de Roman Polanski, un pirate se trouve au début échoué sur un radeau, vit des aventures extraordinaires pour au final finir à nouveau échoué sur un radeau. Intéressant non ?

 

A vous de jouer

Pensez-vous qu’il est pertinent que le protagoniste évolue dans votre récit ? Si oui comment vous y prenez vous ?
 



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