« Journal d’un écrivain en pyjama » ou la vie d’écrivain selon Dany Laferrière




Après 30 ans de bons et loyaux services d’une carrière d’écrivain remplie de hauts (Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, Vers le Sud,…) et de consécrations (Prix Médicis pour L’Énigme du retour, entrée à l’Académie Française), Dany Laferrière décidait en 2013 de se confier sur son métier à travers un livre étonnant : Journal d’un écrivain en pyjama.

 

Si vous avez déjà ouvert un livre de Dany Laferrière, vous avez vu dû être saisi par son style. Un ton unique, coloré, jovial, bienveillant, contrebalancé par une subtile mais marquante conscience politique. Ce style unique, l’écrivain haïtien l’a trouvé dès son premier roman : Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer (ah ce titre !)  Mais il l’avoue lui-même : il a beaucoup cherché pour le trouver. Des années de travail et un investissement total dans l’écriture. Un exemple ? Lorsqu’il se lance dans l’écriture, sa première décision est d’arrêter de travailler… et trouver une femme chez qui loger pour se consacrer à sa vocation ! Voici une des 182 anecdotes  de Laferrière sur son métier d’écrivain que l’on trouve dans son livre-conseils : l’excellent Journal d’un écrivain en pyjama. Voici, sans trop en révéler, quelques astuces d’un membre de l’Académie Française s’il vous plait !

 

« On écrit le livre qu’on aimerait bien lire mais qu’on ne trouve pas »

Écrire part naturellement un besoin personnel. Pas seulement pour impressionner l’autre. On veut créer de l’ordre dans un monde qui nous semble si décousu. Pour plonger plus profondément en soi et tenter de mieux se connaitre.

 

« La meilleure école d’écriture se fait par la lecture »

L’écrivain haïtien recommande aux jeunes écrivains de déculpabiliser d’être influencé par d’autres auteurs. « Un livre est fait de beaucoup de livres » dit-il. Il est normal que nous soyons imprégnés d’une manière ou d’une autre par nos lectures. Lui-même cite beaucoup dans son livre un de ses auteurs préférés : Borges. A méditer : « le fait d’écrire fait de vous un collègue de Goethe ». Pas mal non ?
 

 « Le roman exige quelque chose que ce siècle ignore : la patience »

Tel un sportif, Dany Laferrière insiste sur l’importance de savoir gérer physiquement son projet. Bien doser son énergie. « Le roman dois être mené comme une campagne militaire. On n’envoie pas toutes ses cavaleries à l’attaque » écrit-il. Aussi insiste-t-il sur ces cas souvent rencontrés d’écrivains qui par fatigue se fixent l’objectif de terminer leur livre avant la fin de la nuit ou du mois. Au-delà de quatre heures de travail, il préconise – si l’écrivain a encore assez d’énergie – de passer aux corrections plutôt que continuer l’écriture.

 

« Il faut se méfier du critique qui est en vous »

Les raisons d’abandonner sont nombreuses, elles sont souvent aussi liées à nos propres blocages. Il faut se méfier du critique qui est en nous, un critique parfois plus dur que les autres critiques ! L’écrivain haïtien pointe le doigt sur le fait qu’il y a de la douleur et du plaisir dans l’écriture. Parfois le plaisir vient du fait qu’on a continué à chercher malgré la douleur.
Pour lutter contre la page blanche, il recommande de commencer par noter les plus infimes pensées qui vous passe par la tête, pour « assouplir votre esprit trop tendu quand vous commencez à écrire ».

 

« Les meilleures fins sont celles qui suivent la pente naturelle du récit »

Même si ça manque de rebondissements, il faut se laisser porter par le récit.  La cohérence de l’intrigue plutôt que l’originalité.
« Un roman est réussi quand à la fin il est diffèrent de ce qu’on a prévu au début » ajoute-t-il.

 

« Éviter les longues descriptions »

Intéressante théorie : selon Laferrière, le lecteur n’a tout simplement plus la patience des lecteurs des siècles derniers. A l’heure des smartphone et autres multiples loisirs à notre disposition (comme lire les articles de Magic Story ;), la réflexion est pertinente et pose la question de savoir comment maintenir l’attention du lecteur. Exit donc par exemple les longues descriptions. Si la description est nécessaire, il recommande de l’entrecouper de réflexions du narrateur.

 

« Un premier roman ne devrait pas dépasser 250 pages à moins qu’on soit sur de tenir un gibier »

Tout d’abord il est plus aisé pour un critique de lire un livre bref de 165 pages en un après-midi. Être plus concis aussi bénéfique au livre. Supprimer les longues descriptions, faire des phrases courtes, commencer votre histoires 20 pages après votre premier manuscrit, supprimer les « mais », les « peut-être », les surplus de qualificatifs,…  tout cela conduit à réduire considérablement selon lui la taille de la premier mouture. Reco finale de Laferrière : pour un récit bref et dense, écrire à toute vitesse une première version de 350 pages, puis prendre tout son temps pour la réduire d’une centaine de pages.
 

« Il faut écrire au plus près de soi, c’est la seule façon d’être original »

Grand styliste, Dany Laferrière a beaucoup de choses à dire sur comment raconter une histoire. En particulier sur cet éternel débat du narrateur = écrivain. Bien entendu l’écrivain haïtien les différencie. Il recommande de mettre une distance entre soi-même et le livre pour trouver son ton. « Un narrateur est réussi quand l’auteur ne partage pas toutes ses idées »  dit-t-il. On comprend mieux son désintérêt pour les écrits politiques, ou les narrateurs omniscients qui vous assomment avec leur culture ou vous font des promesses agaçantes (« je vous vais vous raconter une histoire extraordinaire »).

 

« N’abusez pas des dialogues »

Comme bon nombre d’auteurs, Dany Laferrière recommande un usage modéré du dialogue, et recommande d’y avoir recours que pour «  faire dire quelque chose qu’on ne peut plus garder pour soi ». Plus intéressant, il invoque en contrepoint le droit d’insérer de temps à autres des dialogues sans intérêt. Car personne dans la vie ne peut être brillant dès qu’il ouvre sa bouche ! Autre conseil : donner au personnage brillant un hobby manuel afin ne devienne pas totalement abstrait.

 

En bonus : quelques post-it de Dany le Sage

Le livre est agrémenté de réflexions personnelles – souvent brillantes – de l’écrivain dont voici un florilège :
Ah j’oubliais, la phrase préférée de tout magicien 😉
« Le romancier est un magicien qui fait apparaitre et disparaitre les choses et non un pédagogue qui les explique »

 

A vous de jouer :

Est-ce que les conseils de Dany le Sage vous inspirent ?




4 thoughts on “« Journal d’un écrivain en pyjama » ou la vie d’écrivain selon Dany Laferrière

  1. Bon résumé, merci. Dans « journal d’un écrivain en pyjama », Dany donne d’excellents conseils aux écrivains. Mes préférés :
    « C’est qu’il faut une certaine masse d’émotions et de petits faits sensibles pour qu’on puisse enfin sentir vibrer la page.
    Ne cherchez pas à convaincre, mais à séduire.
    Aucun mot n’est vulgaire en fait, seuls les comportements peuvent l’être.
    On n’est pas obligé de tout imaginé, vous savez. La réalité est à portée de main, et c’est une usine à fiction. »

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