Intrigue & Thème

Lorsque l’on se lance dans l’écriture d’un récit on pense souvent que l’idée de départ suffira à en faire une GRANDE histoire. « Un alpiniste qui survit plusieurs jours en montagne suite à un accident, ça va forcément parler au public » pourriez-vous vous dire. Avec un tel sujet, le public s’identifiera sans mal à cet homme perdu au milieu de nulle part… Oui surement… mais COMMENT vous allez raconter cette histoire et le MESSAGE que vous voudrez passer à travers elle sont tout aussi important que le sujet lui-même !

 

Intrigue vs Histoire

Tout d’abord, jetons un œil sur l’ami Larousse la différence entre Intrigue et Histoire, et les actions qui s’y rapportent : récit et narration :

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On comprend mieux à travers ces définitions le rôle de l’auteur :

« A partir d’une histoire qu’il va retravailler, élaguer, malaxer, l’auteur va construire une intrigue qui deviendra l’ossature du récit »

A partir d’une idée, l’auteur va effectuer un travail d’investigation et d’analyse qui va permettre de mettre en place l’histoire (le lieu, le passé des personnages, les conflits à naitre…). De cette histoire et de ses réflexions il constituera l’intrigue. Il sélectionnera ainsi les moments clefs de l’histoire et les ordonnancera de manière à rendre cohérent le récit qu’il veut raconter. Reprenons l’histoire de notre alpiniste : l’auteur peut par exemple prendre le partie de raconter son enfance avant l’accident ou de directement commencer par l’accident. Ce choix se fera en fonction de l’idée directrice qu’il aura déterminé grâce au travail d’investigation cité plus haut (commencer par l’enfance pour favoriser l’empathie du public pour le protagoniste et le faire pourquoi pas douter de l’issue de l’accident, ou commencer par l’accident pour insister sur la survie pratique de cet alpiniste).

 

L’importance du Thème

L’auteur bâtira son intrigue en gardant toujours en tête le thème (appelé aussi motif, sous-texte ou point de vue). Il s’agit probablement de l’axe du récit le moins maitrisé de nos jours. A tort car il contribue à donner de la profondeur et de la cohérence au récit.
Le thème c’est le message que l’auteur veut passer à travers l’histoire. Le thème de Se7en , n’est pas l’arrestation du dangereux sociopathe par la police (c’est l’intrigue). A travers cette enquête et la vision des deux protagonistes (le vieux baroudeur proche de la retraite et le jeune provincial fraichement arrivé dans la mégalopole) le scénariste Andrew Kevin Walker a voulu développer une réflexion sur la dangereuse dérive décadente de nos sociétés modernes.
Le thème est la clé de voute du récit : tous les comportements des personnages seront liés à lui. Il influencera le ton, les lieux, les décors…
Si l’on reprend le cas de Se7en, la décadence est illustrée par une ville surpeuplée, polluée : il pleut pendant presque tout le film, les trains bruyant passent sans arrêt à côté de l’appartement de Somerset (Brad Pitt)… Une ville stressante et déshumanisante peuplée qui créé des meurtriers insensibles comme John Doe. La démonstration du thème sera clairement exprimée lors du climax final à travers le long discours de John Doe, une vision nihiliste du monde que les policiers n’arriveront pas à réfuter et dont à la fin ils partageront même en partie la vision, telle une lente contamination de l’esprit…
Vu ainsi, le thème apporte de la cohérence (visuelle, narrative…) et de la profondeur au récit qui n’apparait plus simplement comme la simple résolution d’un dysfonctionnement (amour impossible, meurtre…). Il est néanmoins important de nuancer le propos développé dans le thème, y apporter du débat et de la contradiction sous peine de créer une œuvre trop dogmatique (c’est la critique que l’on fait souvent parfois au cinéma de Ken Loach). Apporter un point de vue oui, mais il faut autour de ce point de vue faire naitre un débat. Le film Signes en dehors de narrer dans le détail l’invasion d’extraterrestres sur Terre est une réflexion sur la foi avec un protagoniste ancien prête qui durant tout le film se questionne sur sa foi… La réponse à cette question dans le climax final déterminera ses actions et l’orientation finale du récit.

 

Intrigue Secondaire (ou sous-intrigue)

Qu’on se le dise, les intrigues secondaires ne sont pas des bouche-trous dont la seule ambition est faire durer le récit ! Si vous avez cette impression, c’est qu’elles sont souvent employées à mauvais escient. Elles ont pourtant un rôle redoutable à jouer dans le récit :

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L’intrigue secondaire n’est pour autant pas indispensable (rappelez-vous il n’y pas de règles dans un récit !). C’est par exemple le cas des récits qui se concentrent sur la tension que vit un personnage. La série Breaking Bad  contient très peu d’intrigues secondaires, l’intrigue est essentiellement focalisée sur le protagoniste Walter White (Bryan Cranston). Ce dans le but de nous faire ressentir son stress, favoriser l’empathie envers ce personnage trouble et comprendre ses choix souvent lourds de conséquence. Ne pas développer d’histoire secondaire c’est néanmoins prendre le risque de se retrouver avec un récit plat…
Comme cette intrigue est « secondaire », sa durée doit être limitée pour ne pas interférer avec l’intrigue principale. Elle apparait habituellement dans le deuxième acte et a trait avec des sujets émotionnels (histoire d’amour, conflits…) en lien avec l’intrigue principale. Et toujours parce qu’elle « secondaire », elle est résolue avant l’intrigue principale.

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