« Ecritures » de Stephen King : le maître du suspens s’adresse aux apprentis écrivains




Stephen King n’a plus rien à prouver : son œuvre et ses ventes parlent pour lui. Pourtant au début des années 2000, le prolifique auteur américain a senti le besoin de partager son parcours et ses techniques de travail aux jeunes écrivains. Et encore une fois, King écrit un livre étonnant qu’il est difficile de poser avant la dernière page.
 
Stephen King s’approche des 60 ans lorsqu’il se lance dans le projet « Écritures ». L’heure des bilans. Derrière lui, une liste impressionnante de best-sellers qui ont marqué son époque – quoi qu’en disent les critiques. Jugez plutôt : Shining, Carrie, Le Fléau, Christine, Ça, Dead Zone, Misery, Christine, La Ligne Verte… A lui tout seul et 50 romans Stephen King a imposé les standards du roman d’horreur de ces 40 dernières années. Des personnages schizophrènes, stressés, passés au rouleau compresseur d’une société qui les avilie et dont les progrès technologique ne fait que les aliéner plus encore. Des sujets de notre temps qui expliquent peut-être pourquoi ses romans ont connu de tels succès (350 millions d’exemplaires et le compteur tourne…). Des succès qui dépassent le simple cadre de l’édition puisque bon nombre d’entre eux ont été adaptés avec le succès qu’on leur connait au cinéma.

 

 

Une vie entièrement dédiée à son art

Dans la première partie d’Écritures, Stephen King retrace les grandes lignes de son parcours et en particulier les moments clefs de l’apprentissage de son art.
Se décrivant comme un fils de prolo, King est élevé avec sa sœur par sa mère qui enchaine tant bien que mal les petits boulots. Comme il l’écrit « l’imitation précède la création » : jeune enfant, il lit beaucoup de récits de science-fiction et s’amuse à les copier. C’est en voyant l’admiration de sa mère à la lecture de ses récits qu’il décide de se lancer à fond dans l’écriture.
C’est bien ce qui impressionne à la lecture de cette première partie autobiographique (forcement) sélective : la précocité de sa spécialisation. Fasciné par ses traumas d’enfant (il a été enfermé par la baby-sitter dans un placard, confronté tôt à la mort, a grandi sans père…) et ses lectures, il s’oriente sans hésitation dans un style qui est alors considéré comme mineur : les romans d’horreurs.
A ce choix précoce, il faut ajouter une autre qualité de grande valeur : une détermination sans faille. Le jeune Stephen King ne s’arrête pour ainsi dire jamais d’écrire avec un seul objectif : être publié. Dans des revues de collège, puis au lycée. Il envois sans relâche ses nouvelles aux éditeurs et colle contre le mur ses refus. Stephen King ne s’étend pas très longtemps sur ses années de vaches maigres. Pourtant très souvent financièrement dans le rouge, obligé d’enchainer les petits boulots et de vivre dans une caravane avec sa femme, sa ténacité a été mise à rude épreuve. Heureusement pour lui (et ses fans), il a tenu le coup…
Carrie sera le livre qui le tirera d’une vie programmée de professeur « en veste en tweed usé ». Ce livre, il ne devait pas l’écrire au départ. Il ne connaissait rien aux problématiques des femmes selon ses propres termes, trouvait l’héroïne trop passive et ne se voyait pas dans ces conditions s’investir dans une histoire. C’est pourtant sa femme qui, reprenant son brouillon jeté à la poubelle, le poussera à aller au-delà de ses croyances limitantes. Que serait devenu Stephen King si sa femme avait simplement jeté à la poubelle cette ébauche… ? Carrie sera très vite un best-seller qui fera directement passer Stephen King dans une autre dimension : celui des romanciers superstars.
Sur sa vie privée, Stephen King avoue ne pas avoir échappé au cliché « « alcool et drogues » pour ne pas perdre l’inspiration et dis en être sorti depuis. En précisant qu’il s’est adonné à l’alcool, non pas pour trouver l’inspiration comme Jack Torrance le héros de Shining, mais par peur de la perdre s’il ne buvait pas.

 

 

Les conseils de Stephen King aux apprentis écrivains

C’est dans la deuxième partie du livre que Stephen King livre ses secrets. Tenez-vous bien il y a quelques perles !

 

  • Écrire, c’est de la télépathie
C’est ainsi que King résume son métier d’écrivain. Son job dis-t-il ne consiste pas à trouver des idées mais à les reconnaitre quand elles apparaissent. Préconisation du King : écrire sur ce que l’on a envie d’écrire ! Pour insuffler de la vie à ses écrits, les rendre unique et pouvoir partager son expérience des relations humaines et de la vie en général.

 

  • Se doter d’une « boite à outil »
Cette boite à outil contient de bonnes notions de vocabulaire. A ce titre, il conseille de ne pas faire d’efforts pour améliorer son vocabulaire, cela viendra si besoin tout seul en pratiquant et en lisant beaucoup.
La boite à outil de l’écrivain inclut aussi une bonne maitrise de la grammaire : faire des phrases simples et courtes, éviter les expressions faciles (« c’est cool ») et la voix passive (préférer « la réunion se tiendra à 7 heures» à « la réunion aura lieu à 7 heures »), signe selon lui d’une certaine timidité de l’auteur.

 

  • De la rigueur… beaucoup de rigueur !
Attention, les solutions chocs à venir de Stephen King risquent de choquer certains d’entre vous.
Tout d’abord, écrire la porte fermée. Jusqu’ici rien d’anormal.
La durée préconisée : 4 à 6 heures par pour les débutants ! Oui, jours fériés inclus. Stephen King se fixe quotidiennement l’objectif de rédiger 10 pages, soit 2000 mots. Avec comme routine : écriture le matin, sieste et courriers l’après-midi et lecture et famille le soir.
Il conseille aussi de ne pas s’arrêter une fois lancé dans l’écriture de l’histoire. Au risque sinon selon l’auteur de Misery de se retrouver avec des personnages moins maitrisés, une narration qui se rouille et perdre l’emprise sur l’intrigue et le rythme. A titre d’exemple, il raconte avoir écrit Running man en 1 semaine !
Dernière chose : le premier jet ne doit pas dépasser 3 mois.

 

  • Opter pour un style direct et épuré
Selon Stephen King, écrire c’est séduire. Et bien s’exprimer fait partie du jeu de la séduction. Son credo : être au plus proche du parler oral. Pour ce faire il s’appuie beaucoup sur le livre de William Strunk « The Elements of Style » qui théorise ce style épuré.
Ses recommandations : pas de longues phrases, pas de longs paragraphes. Ces derniers sont soient courts ou, s’ils sont longs, liés à la pensée du personnage.
Qui dis parler oral, dis usage des mots courants de la vie (ne pas avoir peur de dire « je vais aller chier » si c’est en lien avec le caractère du personnage).
Autre détail intéressant concernant cette envie d’aller droit au but, King explique ne pas aimer les descriptions des personnages, physiques ou caractères. Trop de descriptions ennuie selon lui le lecteur et font perdre de vue l’histoire. Il privilégie donc les mises en situations et les conflits qui vont en découler pour caractériser ses personnages.

 

  • Dire ce que l’on voit et faire avancer l’histoire
Surement un des points les plus marquant d’Écritures : King indique avoir écrit la majorité de ses romans en s’appuyant sur son intuition. En clair, il agit en tant que spectateur, regarde ce qui se passe et l’écrit. Une raison peut expliquer ce choix. Stephen King dis adorer les romans au rythme lent qui partent d’une situation plutôt que d’une histoire. Cette technique de travail l’aide surement à garder sa motivation et est utile dans son registre : le suspens. Ainsi il lui est arrivé de  voir lui-même évoluer ses personnages dans des directions qu’il n’avait pas prévues au départ. Cette technique d’écriture n’est pas courante et n’est pas adaptée à toutes les intrigues.

 

  • Une deuxième lecture déterminante
On l’a vu Stephen King agit beaucoup à l’instinct pour dérouler son intrigue. La deuxième lecture est donc à son niveau d’une extrême importance. C’est dans cette phase qu’il va s’efforcer de donner de la cohérence et du lien à son histoire.
Pour cela, il s’appuie beaucoup sur la pensée thématique. Le thème n’apparait souvent pas avant le deuxième lecture chez l’auteur américain. Il rappelle qu’une bonne fiction part toujours d’une histoire et progresse vers son thème et conseille de ne jamais partir du thème pour se lancer dans l’écriture (cela lui a valu un gros blocage pour Le Fléau).
Il en profite pour rappeler ses thèmes de prédilection : la technologie (le Fléau), la question de savoir si dieu existe pourquoi des choses effroyables arrivent (Le Fléau, Désolation, La ligne verte), la frontière entre réalité et imaginaire (La Part des ténèbres, Sac d’os) et la séduction qu’exerce la violence sur des gens bons (Shining, La Part des ténèbres).
Stephen King utilise aussi beaucoup le symbolisme pour donner de la cohérence à son histoire. C’est une des raisons pour lesquelles les écrits de King sont si vivant dans l’esprit des lecteurs et plaisent au cinéma : la tenue du clown dans Ca, la machine à écrire dans Shining, la voiture Christine
L’écrivain attend 6 semaines avant de se lancer dans la deuxième lecture. Avec pour objectif de resserrer et supprimer supprimer 10% du texte. Une fois satisfait du résultat, il fait relire son manuscrit à quelques personnes. Mais l’avis qui compte surtout c’est celui de celui qu’il appelle son « lecteur idéal ». Celui pour qui on écrit au départ. Pour Stephen King, le lecteur idéal a toujours été… sa femme.

 

 

Écrire c’est vivre

Comme tout Stephen King, Écritures est un livre facile d’accès, direct et franc, jamais manichéen. A la fin des années 90 – alors qu’il avait commencé l’écriture de ce livre – un terrible accident de la route a cloué Stephen King des mois durant dans son lit lui a valut de multiples opérations. Après de tels souffrances, reprendre l’écriture  lui a donné le courage de lutter et renouvelé sa foi dans ce métier et la vie.

 

 

A vous de jouer 

Et vous, avez-vous identifié les raisons profondes qui vous poussent à écrire ? Êtes-vous prêt à vous imposer le rythme draconien de Stephen King pour parvenir à votre objectif ?

 

 




2 thoughts on “« Ecritures » de Stephen King : le maître du suspens s’adresse aux apprentis écrivains

  1. Hello Damman,
    Toujours très utile de relire « Ecritures » qui a été mon livre de chevet très longtemps. Votre article dit le principal. Merci du partage.
    A bientôt
    Dominique

    1. Bonsoir Dominique,
      Merci pour votre commentaire. Sur vos conseils, j’ai commencé votre nouveau livre de chevet de Dany Lafferiere, nous en reparlerons prochainement 😉
      Damman

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