Top of the Top : Domu (Rêves d’enfants)




Domu (Rêves d’enfants en français) est un manga conçu par Katsuhiro Otomo, le père d’Akira et publié en 1981. Une vague de suicides s’abat dans une cité HLM. La police est incapable de résoudre l’affaire, l’inspecteur en charge de l’enquête finit même par se suicider à son tour. Voici les 5 raisons pour lesquelles le récit fonctionne. Spoliers compris of course !

 

1. Un mélange des genres au service du thème

Domu commence comme un récit policier, bascule vers le fantastique, puis l’horreur avant de terminer en récit d’action. Le lecteur est clairement bousculé tout au long de Domu ! Ces choix se révèlent pourtant pertinents par rapport au thème de l’histoire : l’aliénation engendrée par la vie dans les cités HLM.
Domu s’inspire d’une vague de suicides ayant réellement eu lieux en 1972 dans une cité HLM. Partant de cette idée Otomo a du se poser la question : qu’est ce qui peut conduire à de tels évènements ? Le résultat de ses réflexions fait froid dans le dos : la cité est un huis clos étouffant où les habitants ne peuvent fuir, personne ne se connait vraiment et à part quelques mères de familles dans les parcs, peut se parlent entre eux. Dans la bande-dessinée, tout cela est traduit par des personnages très peu caractérisés (on ne connait pas le passé de la jeune fille par exemple), des dialogues limités et impersonnels (à chaque suicide les passants se demandent s’ils connaissaient la personne…), et des immeubles omniprésents tout au long de l’histoire comme un personnage maléfique à part entière dont même les exorcistes ont peur de s’approcher.

 

2. Un adversaire qui définit le héros

On dit souvent que c’est l’adversaire qui va aider le héros à se définir. Domu est dans ce sens un cas d’école. L’antagoniste est on ne peut plus à l’opposé de notre héroïne. L’un est vieux et veux s’amuser comme un enfant, l’autre est jeune et agis de manière responsable pour rétablir l’ordre dans la communauté. L’un veut exprimer pleinement ses pouvoirs, l’autre essaie de les réprimer ou en tout cas les cacher à la face du monde. L’un n’est attiré que par la destruction, l’autre souhaite s’intégrer dans la cité en parlant à tout le monde, y compris aux desaxés. Certes ils ont des points communs : ils ont des dons de télékinésie et jouent comme des enfants. La comparaison s’arrête pourtant la ! Au final, l’antagoniste va agir comme un révélateur pour notre héroïne qui va devoir assumer ses dons pour venir à l’aide de ses nouveaux amis.

 

3. Du suspens, du suspens et des fausses pistes

Avouons-le : les policiers et enquêteurs qui se succèdent ne font pas avancer l’intrigue dans Domu. Ils sont inefficaces contre un danger qu’ils ne connaissent pas et ne maitrisent pas. Pourtant nous les suivons, longtemps, surtout au début et épousons leur point de vue comme pour chercher une réponse « pragmatique » à ces suicides. Tout cela est bien entendu volontaire de la part d’Otomo qui n’a qu’un but : nous surprendre ! A partir de la page 43 on apprend qui est le meurtrier et on bascule dans le fantastique. Pourtant on suit toujours la police… Pendant une bonne partie de l’histoire au fur et mesure que l’on apprend l’étendue des pouvoirs du vieil homme la question qui demeure est qui va pouvoir l’arrêter ! Un exorciste est appelé à la rescousse mais par peur il fait marche arrière.  La protagoniste, celle qui sera révéler le défi n’apparaitra – fait rare dans une histoire – qu’au milieu du récit. La encore le basculement vers un genre inattendu – l’horreur – surprend et démontre à quel point elle aura fort à faire pour vaincre le vieil homme.
 

4. Une galerie de personnages secondaires utiles

Le nombre de personnages secondaires est impressionnante pour une bande-dessinée aussi courte. Si comme on l’a vu les policiers et enquêteurs sont plus utilisés pour aménager de fausses pistes, il est intéressant de s’attarder sur les personnages secondaires résidant dans les HLM. L’accent est mis sur les « freaks » – une femme trainant une poussette vide, un adulte retardé…. – réaffirmant ainsi le thème du récit – les HLM perçus comme une fabrique d’asociaux. Certains de ces freaks vont devenir amis avec la petite fille, ce qui renforce son côté humaniste et contraste avec la haine sans pitié de son adversaire. Ces amis vont servir ressort pour relancer l’intrigue, la mort de l’adulte retardé servant de tournant dans l’histoire.

 

5. Garder du mystère !

Qui est ce vieil homme ? Son passé ? Quelles sont ses motivations ? Pourquoi agit-il comme un enfant qui s’amuse avec ses super-pouvoirs ? Pourquoi garde-t-il des objets ayant appartenu à ses victimes ? Quel est le passé de cette petite fille ? A-t-elle déménagé parce qu’elle a fait usage de ses pouvoirs par le passé ? Pourquoi à la fin tue-t-elle le vieillard si facilement ? Des questions sont constamment posées, tout au long de l’histoire, à travers certains personnages, notamment les enquêteurs. Mais nous n’aurons jamais au final aucune réponse claire ! L’histoire est un pur exercice de style où le thème a plus de valeur que l’intrigue voire les personnages, pour rappel très peu caractérisés. On peut rester sur faim en refermant le manga, en tout cas nous ne retombons pas dans le cliché des explications à rallonge qui n’aurait pas aidé le thème. Franchement ça vous donne envie de vivre dans une cité cette bande-dessinée ?

 




 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *