Ces personnages qu’on aime aimer (ou pas)



 

 

Combien de fois êtes-vous tombé sur des récits passionnants, avec des intrigues bien ficelées mais qui péchaient par un manque de caractérisation des protagonistes ? Faire en sorte que le public s’identifie au protagoniste est une des conditions essentielles à la réussite de votre histoire. Étudions ensemble quelques tours de magie pour y parvenir.

 

Les personnages principaux sont, avec l’intrigue et le thème, l’un des trois piliers d’un récit. Caractériser les personnages, c’est-à-dire leur donner de la profondeur, est une des missions les plus complexes et subtiles à gérer. Complexe car à travers vos personnages c’est en quelque sorte la partie émotionnelle de votre histoire, son âme, que vous façonnez. Subtile car construire des personnages attachants et complexes se fait par petites touches et leurs réussites ne se mesure pas aussi facilement qu’une intrigue. Si une intrigue est ratée, le public n’a habituellement pas de mal à mettre le mettre le doigt sur telle ou telle incohérence dans le récit. Si les personnages sont trop lisses, le principal effet sera que le public ne s’identifiera pas pleinement à eux et qu’il ne s’intéressera pas à leurs péripéties. Subtil mais dont les conséquences peuvent être fatales. Alors on se retrousse les manches et on vérifie que vous avez mis tous les atouts de vos côtés et respecté les tours de magie à suivre !

 

Tour de Magie # 1 :  le protagoniste est au centre du récit

Simple rappel évident mais de la plus haute importance : c’est bien entendu avant tout le protagoniste qui dois être faire l’objet de tous vos soins. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas travailler les autres personnages. Au contraire ils doivent être tous peaufinés, mais n’oubliez jamais que la priorité c’est votre protagoniste ! Parce que c’est lui que le public va suivre ! C’est lui qui est impacté par l’évènement de départ (l’incident déclencheur), c’est lui qui se fixe un objectif à atteindre, qui vis le plus d’obstacles pour atteindre son objectif. Et surtout c’est lui qui vit les obstacles les plus forts. En clair il est au centre du récit.  Sa quête, sa motivation et sa persévérance vont être déterminants dans l’histoire. C’est à travers lui et ses actions que l’intrigue va avancer. Beaucoup d’histoires – même des classiques – proposent des protagonistes passifs, qui subissent l’action. Le héros devient de fait plutôt fade et se fait voler naturellement la vedette par des personnages secondaires (Han Solo vs Luke Skywalker) ou l’adversaire (Star Wars, Gangs of New York, James Bond…). Il existe bien sur des récits à retardement ou le héros subit l’action tout au long de l’histoire avant de craquer à la fin (Impitoyable, Rambo, Taxi Driver) mais il s’agit d’un genre très particulier. Dans des récits d’aventures ou des thrillers, le protagoniste se doit d’être actif et vivre beaucoup de conflits (si possible crescendo). Il n’attend surtout pas qu’on le sauve !

 

Tour de Magie # 2 : rentrer dans la tête du protagoniste !

Pour convaincre le public de suivre votre protagoniste, il est important qu’il le comprenne. Ce qui ne veut pas pour autant dire qu’il doit l’aimer. Franchement vous seriez ami avec Tony Montana ou Mesrine ? Nous ne sommes pas obligés d’aimer ce salaud d’Inspecteur Harry, le prétentieux Ugolin dans Jean de Florette ou 99% des personnages joués par De Funès. Mais on doit comprendre qui est le protagoniste, ce qu’il veut et pourquoi. Une fois que le public connait son contexte, arrive à se mettre à sa place et comprend ce qu’il recherche (résoudre un meurtre, conquérir une femme, etc.), à ce moment il aura envie de le suivre. Plus important : il comprendra pourquoi le protagoniste agira de telle ou telle manière en fonction des obstacles qu’il rencontrera. Même quand il fera des choses totalement improbables dans nos vies quotidiennes comme au hasard assassiner une personne. Faire en sorte que le public ait envie qu’un meurtrier, trafiquant de drogue arrive à se sortir du pétrin dans lequel il s’est mis tout seul (Breaking Bad) n’est-ce pas la magie de la fiction ? N’oubliez pas que votre public souhaite se divertir, s’échapper quelques heures de sa propre réalité. Ce n’est donc pas nécessairement son jumeau qu’il veut suivre 😉

 

Tour de Magie # 3 : votre protagoniste est un super-héros…

Petit rappel : vous créez une œuvre de FICTION. Même si la mode consiste à construire des récits proches de la réalité, une fiction est forcément différente de la « vrai vie » (tiens ça mériterait de se pencher dessus un jour dans un article…) ne serait-ce que par la gestion du temps (ellipses). Les auteurs racontent généralement des histoires hors norme, qui ont pour but de captiver le public qui souhaite avant tout se divertir. Si l’intrigue peut donc être extraordinaire, il en va de même pour votre protagoniste. Pour faire face à ces éléments « hors-norme » (un meurtre, un complot, …), il doit forcément être doté de qualités étonnantes sans quoi sa passivité ou son incompétence va ralentir l’intrigue. L’ambition de Rastignac, la perspicacité de l’inspecteur Columbo, la beauté de Dorian Gray ou même la bêtise de François Pignon vont leur permettre d’atteindre leur objectif (ou du moins le croient-ils). Ils ont tout ce petit plus qui les rendent « diffèrent ». Il vous faut assumer qu’ils seront un peu plus débrouillards que la vie dans votre histoire. Vous avez même plus constaté à travers les exemples ci-dessus que les « petits plus » de votre protagoniste confèrent une identité particulière à votre histoire.
A noter : certains auteurs habiles – les frères Coen en tête – prennent le contrepoint à cette préconisation en construisant des personnages banals incapables de gérer une situation extraordinaire. Inutile de vous dire que cet exercice est extrêmement complexe et périlleux, mais quand ça marche…

 

Tour de Magie # 4 : …mais n’oubliez pas sa kryptonite !

On constate souvent dans les récits des jeunes auteurs qu’ils aiment tellement leur héros qu’ils en oublient de leur donner des défauts. Pourtant personne n’est parfait. D’ailleurs n’avez-vous jamais remarqué que c’est pour cette raison que vous appréciez plus que d’autres certains personnages. Ils ont des défauts de caractère (l’intolérant Inspecteur Harry), sont asociaux (Rain Man, Docteur House), ont des complexes (François Pignon), sont gauches (Inspecteur Columbo) ou vont jusqu’à dévoiler leur part sombre (House of Cards, Mad Men, Dexter)… mais paradoxalement c’est parce qu’ils ont des failles qu’on les aime. Ce sont ces failles – conscientes ou inconscientes – qui les rendent humains, et qui valorise le public (les héros sont comme nous). Une des raisons du succès phénoménal des derniers James Bond est en partie dû au fait que pour la première fois, l’agent secret britannique doute. Alors si même James Bond doute… pourquoi pas votre protagoniste 😉
Les défauts du protagoniste apparaissent sous différentes formes. Souvent on montre des défauts de caractères (de l’impatience par exemple) ou des mauvais choix (donc liés à l’action). On utilise rarement – en dehors des comédies – le débat. Prêter à son protagoniste des opinions amorales va questionner le public et lui faire penser que le protagoniste fait fausse route. Le débat d’opinion est un outil peu utilisé et puissant. L’obstination de Rick dans Casablanca à ne plus aider la résistance tout comme celle de Szpilman dans Le Pianiste, qui crois que ses talents de pianiste vont le sauver de la solution finale, sont deux exemples réussis de défauts liés à leurs opinions.
Souvenez- vous : révéler les contradictions de votre protagoniste lui donnera de l’épaisseur !

 

Tour de Magie # 5 : un peu de subtilité bordel !

Nous l’avons vu, nous devons comprendre qui est le protagoniste : qui il est,  ce qu’il veut, pourquoi. Un vrai travail d’orfèvre ! L’auteur devra distiller quelques informations sur lui dans les scènes d’exposition (mais pas que) sans en être trop pompier. Évitez les clichés de type « un enfant se fait maltraiter par son père dès la première scène. Cut. 20 ans plus tard, cet enfant devenu adulte tue de sang-froid une vielle dame ».
Idéalement faites nous découvrir votre protagoniste à travers des scènes d’actions plus que par le dialogue. En fiction (comme dans la vie) ce qui révèle un personnage c’est sa réaction face à un évènement. Ses actes parleront pour lui. Essayez de le mettre dans des situations où votre protagoniste devra agir, se révéler. Pensez à Martin Riggs dans L’Arme Fatale. Ce flic à l’air totalement déjanté quand on l’écoute mais c’est quand on voit comment il s’y prend pour arrêter les méchants que l’on comprend VRAIMENT que ce personnage a des tendances suicidaires.
Jouez la donc subtil. Donnez à voir différents points de vue. Pour montrer que votre héros est un bon père de famille, évitez la scène ou il fait des câlins à ses enfants. Tous les parents grondent leur enfant à un moment (qui a parlé de vécu ?). Montrez ce moment où il les gronde puis derrière une scène ou il se rattrape en faisant ce câlin avant que son fils dorme.
Si vous écrivez un roman, surveillez aussi votre narrateur ! Ne lui faites pas dire ce que vous pouvez montrer. Pas de présentation de types « Jean était un bon père de famille qui avait du caractère ». Décrivez des scènes qui montrent ces points. Idem pour les dialogues. Les dialogues aident à faire avancer le récit. Ne faites pas dire à la femme de ce père de famille « chéri tu es un père formidable » pour le décrire. En clair : évitez les clichés !
Il vous faudra éviter la facilité, vous allez suer mais c’est le prix à payer pour un récit captivant 😉

 

A vous de jouer

Il y a encore beaucoup à dire sur ce sujet si douloureux qu’est la construction des personnages. N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires et questions pour enrichir ce sujet à travers de prochains articles.
En attendant pour commencer, essayez ces tours de magie sur vos personnages. Est-ce que la magie opère ?

 



2 thoughts on “Ces personnages qu’on aime aimer (ou pas)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *