Bilan Séries 2017 : et les Magic Story d’Or 2017 sont attribués à …




Les Séries ont encore été en 2017 l’Eldorado des auteurs ambitieux. On fait le bilan ?
 
Quel est à votre avis le meilleur film de 2017 selon Les Cahiers du Cinéma ? Twin Peaks ! Oui une série. Une petite boutade, mais lourde de sens. Que l’on aime ou pas cette revue, ce titre honorifique montre bien l’ascendant artistique que prend les séries sur les films.

 

Un Âge d’or sans fin ?

Le choix de Twin Peaks est d’autant plus symbolique que cette série a été le précurseur de l’Âge d’or des séries que nous connaissons. La première série conçue et réalisée par un réalisateur/auteur de renom (David Lynch) avec des acteurs renommés (Kyle Mc Lahan, Robert Wise), une intrigue continue sur un nombre de saisons limitées et un soin particulier pour l’écriture et la réalisation. Ceux sont ces deux derniers points – le talon d’Achille des séries – qui marquent un tournant. Après Twin Peaks, tout changera, Surtout à partir des années 2000 avec des monuments comme Les Soprano, Sur écoute, Six feet under,… la liste est trop longue 😉
Ce qui impressionne, c’est la durée de cet Âge d’or. Qui aurais pu imaginer qu’il aurait été possible de retrouver une série passionnante après Les Soprano ? Après Lost ? Après Mad Men ? La critique de Libération de la sublime première saison de The Handmaid’s tale (« un chef-d’œuvre, de ceux qui écartent d’un revers de la main toute tentative de remettre en cause cet âge d’or que n’ont décidément pas fini de traverser les séries américaines ») résume bien l’époque bénie que nous vivons, spectateurs.
Depuis plus de 20 ans, les auteurs explosent les codes de ce format auparavant pourtant si rigide (la fameuse courte intrigue de 40 minutes brr). Les rôles sont aujourd’hui inversés au point de considérer le cinéma hollywoodien trop formaté à force de rejeter les scenarios originaux et privilégier les formules « gagnantes » : franchises, suites, reboots, adaptations de best-sellers, etc. Résultat : auteurs, réalisateurs et acteurs de renoms se jettent sur cet Eldorado créatif que sont devenues les séries. Les audiences sont au rendez-vous et les budgets augmentent.  Avouons-le : certaines séries sont tout simplement plus passionnantes que ce que le cinéma a proposé depuis le début du siècle.
Cet effet vertueux a miraculeusement réussi a dépassé les frontières américaines. Black Mirror est une brillante série anglaise par exemple. Qui aurait pu penser il y a 15 ans que l’on aurait pu réaliser au pays de Joséphine Ange Gardien des récits aussi denses et passionnants que Le Baron Noir et Bureau des légendes ? Cette dernière série est même en soi une petite révolution dans le pays du scénariste-roi : pour une fois une série s’est structurée autour d’un showrunner – un homme-orchestre qui donne les grandes lignes de la série et se fait aider d’un pool de scénaristes pour l’écriture.
Les nouvelles séries n’ont aujourd’hui qu’un mot d’ordre : surprendre. Tout en s’inspirant des jalons posés posées par leurs précédentes. Comme la caractérisation de personnages ambiguës type Tony Soprano ou Walter White (Breaking Bad) ou s’éloigner des récits chronologiques, obsolètes depuis la révolution Lost, etc. Tant que les auteurs sortiront du cadre, l’Âge d’or des séries perdurera. Et le millésime 2017 est encore un grand cru.

 

Parce qu’il faut bien un top

Un top est forcément subjectif et ne peut être constitué qu’à partir de ce qui a été donné à voir. Comme pour le cinéma, il y a aujourd’hui trop de séries originales : impossible de toutes les voir ! Mais ces seules séries citées plus haut sont supérieures dans leurs intrigues, leurs narrations, leurs thèmes que la plupart des meilleurs films de 2017.
On ne dira jamais à quel point la nouvelle saison de Twin Peaks – 25 ans après la dernière ! -a apporté un bol d’air frais à l’Art du récit. Tout cela grâce à un jeune réalisateur de 71 ans ! Un échec du point de vue de l’audience certes mais un véritable choc artistique. David Lynch a encore une fois repoussé les limites de l’imaginaire et bousculé les codes de la narration avec cette 3ème saison. 18 épisodes expérimentaux à la fois raccords avec les anciennes saisons et en même temps totalement différents. Le respect du public et cette folie narrative, c’est précisément ce qui séduit ici. Quel bonheur de replonger dans cette ville que l’on connait si bien, redécouvrir tous ses personnages atypiques (le casting de l’époque est quasiment au rendez-vous), découvrir ce qu’ils sont devenus en particulier l’énigmatique Dale Cooper que l’on avait laissé mal en point en fin de saison 2. Tout comme il est captivant de se laisser porter par des choix narratifs radicaux. Comme faire du personnage principal un légume pendant quasiment toute la saison, passer une partie du récit dans un monde alternatif (la fameuse Black Lodge) ou imposer des ruptures de tons pour le moins étonnants (ce mythique épisode 8). Du rarement vu à la télé. La série reste au final toujours aussi énigmatique (quelle fin …), nous proposant ainsi de nous faire notre propre avis sur le récit. On comprend que David Lynch a eu du mal à financer la série au vue du résultat. Twin Peaks n’est pas parfaite, cette saison comporte son lot de faiblesses (protagoniste trop passif, longueurs, quelques personnages secondaires sans intérêts comme les mafieux qui accompagnent Dale Cooper) mais la prise de risque est telle qu’elle force le respect. Prendre des risques, sortir des sentiers battus, ne pas avoir peur de dérouter, surprendre, ne pas tout expliquer : belle leçon et chapeau bas David Lynch.
13 Reasons why est un miracle. A partir d’un pitch simple – Hannah, une lycéenne explique à ses camarades de classe les raisons de son suicide dans 13 cassettes – cette série parvient à scruter les failles de nos rapports humains avec une acuité impressionnante. Ou comment des petits gestes qui peuvent parfois sembler anodin d’un collectif d’individus peuvent mettre une personne au ban de la société. La démonstration renversante à l’échelle humaine de l’effet papillon et une vision glaçante des rapports humains.  Un seul regret : son procédé (1 épisode par cassette) impliquait forcement que la série se termine à la fin de la saison. Elle aura pourtant une saison 2. Pas sûr qu’elle fonctionne aussi bien car ce qui structurait le récit c’était la voix off d’Hannah, dont chaque cassette donnait un sentiment de compte à rebours. On sent bien d’ailleurs que sans cette voix – moins présente au dernier épisode – le rythme flotte et les enjeux deviennent diffus. Une question aussi : est-ce que les auteurs n’auraient pas pu générer des conflits plus intenses en transposant un récit aussi dur dans un monde d’adulte, en entreprise par exemple, plutôt qu’un lycée ?
Si vous êtes dépressif ces temps-ci, passez ce paragraphe car je vais vous parler d’Handmaid’s tale. Suite à une chute de la natalité dans le monde, un groupe fondamentaliste prend le pouvoir par la force aux États-Unis, conduisant à l’instauration d’un nouvel ordre social qui divise les femmes en trois catégories : les épouses, les femmes de ménage et les servantes. Ces dernières ont comme fonction… la reproduction. Comme tout récit dystopique, l’intérêt est d’étudier l’univers, les mécanismes de cet ordre social et en quoi il impacte les personnages. Les rôles attribués à chacun sont ici d’une cruauté inouïe et amènent les personnages quelle que soit leur fonction de vivre des dilemmes intenses. Imaginez une vie ou vous mettez au monde un enfant et le remettez à une autre famille qui l’éduquera à votre place. Puis vous recommencez, vous retombez enceinte, etc. Une série… intense.
Quand l’auteur de Lost met un terme à sa nouvelle série – The Leftovers – on peut s’attendre au pire. Lui qui a tellement déçu avec le final de la série phare des années 2000. Il s’en tire pourtant avec brio avec The Leftovers. Une série totalement passée inaperçue et pourtant passionnante. L’histoire : 2% de la population disparait du jour au lendemain… comment vont réagir leurs proches ? Damon Lindelof qui adapte un roman de Tom Perrotta (aussi au scenario) livre une belle réflexion sur le deuil et le sens de la vie. Certains procédés évoquent Lost (les flash-forwards, les récits déstructurés, des épisodes centrés sur un seul personnage) et la qualité de certains épisodes sont même au niveau du meilleur de son modèle, en particulier ceux qui mettent en avant le révérend, en quelque sorte l’alter ego de John Locke de Lost. Le petit plus de la série aura été sa capacité à se renouveler chaque saison en renversant l’intrigue. Après avoir déplacé l’action à Miracle dans la saison 2, le récit se termine en Australie dans une atmosphère de fin de monde. Lindelof a tiré les leçons de Lost : cette fois il apporte des réponses au phénomène qui touchent les protagonistes, mais il arrive à faire passer ces réponses au second plan tant ce qui touche le spectateur est avant tout le voyage intérieur de ces âmes perdues. Brillant.
Mindhunter signe le retour aux séries de David Fincher après le cultissime House of cards. On sent tout de suite ce qui l’a attiré dans l’histoire (l’étude des sociopathes par deux agents du FBI dans les années 70 qui conduira à la création du profilage des tueurs en série) : la frontière entre ce qui fait de nous des êtres civilisés et des sauvages, la capacité du mal à gangrener même les âmes les plus pures. Une sorte de prequel de Se7en. La première saison est un sans-faute en termes d’exposition, les thématiques étant abordées à travers la découverte du jeune protagoniste. Mindhunter a un énorme potentiel qu’elle doit confirmer sur une saison 2.

 

Au rayon flop

Des questions me taraudent à la vue de certaines séries :
  • Et si finalement le limogeage de Kevin Spacey était une bonne manière de relancer House of Cards? La saison 5 commençait à faire du sur-place : des personnages passionnants sous-exploités (le président russe…) et surtout des antagonistes inoffensifs…
  • Vous ne pensez pas que Walking Dead devrait comporter 2 épisodes par saison : le 8 et le 16 ?
  • Peut-t-on créer une série en recyclant la nostalgie du passé ? Apparemment oui et ça s’appelle Stranger Thing

 

A vous de jouer

Quels sont vos séries préférées de 2017 ? Qu’attendez-vous en 2018 ?




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