Bilan 2018 : et les Magics Cinémas d’Or 2018 sont attribués à …




Difficile de parler de films tant l’année cinéma a été marqué par de très profondes mutations. On essaye quand même ?

Avez-vous remarqué que dans ses bilans annuels, la presse écrite – des Cahiers du Cinéma aux Inrocks en passant par Télérama – s’évertue à démontrer que les œuvres cinématographiques se font l’écho des transformations de notre société. Une fois n’est pas coutume, le storytelling l’emporte sur la pertinence du propos. Car il faut l’admettre : aucun cinéaste, aucun journaliste, aucun homme politique n’a pu prédire les évènements majeurs de 2018, à commencer par l’affaire Benalla ou les Gilets jaunes. Et qui le pourrait ? L’actualité est tellement forte et les choses s’enchainent avec une telle rapidité qu’un seul constat s’impose : la réalité a largement dépassé la fiction. Trump est pire que Frank Underwood. Les Gilets Jaunes sont plus opiniâtres que les manifestants de 1968. Essayez de chercher dans les films récents des récits majeurs qui parlent des mutations profondes de notre société. Ils ne sont pas encore sortis car nous ne comprenons toujours pas vraiment dans quelle époque nous entrons (à moins que l’on ne veuille l’admettre ?). La majeure partie des productions préfèrent ne pas y prêter attention en standardisant – avec succès – leurs récits jusqu’à l’écœurement avec un succès : Disney atteint les 26% de part de marché aux États-Unis et Netflix a dépassé les 135 millions d’abonnés dans le monde avec des œuvres anxiogènes qui vous donnent envie de rester à la maison. Ou se trouvent alors les récits marquants de nos jours ? Certains auteurs malins se sont tournés vers le passé pour mieux comprendre le présent, d’autres pour les mêmes raisons détournent les récits de genre. Merci à ces francs-tireurs ! 

Parce qu’il faut bien faire un top…

Guy d’Alex Lutz est un ovni, une merveille. On savait qu’il avait un grand talent pour faire rire et se transformer à la télévision (les fameux sketches de Catherine et Lila dans Le Petit Journal). Mais créer une telle œuvre et livrer une telle performance ? Quelle idée de génie que celle d’avoir créé l’insaisissable Guy Jamet, star de variété des années 70 vieillissante qui accepte d’être filmé par un jeune fan pour un documentaire retraçant sa carrière. Voir cet homme qui a tout connu – gloire, amour, enfants mais aussi séparation, fisc ou déclin – faire le bilan, à l’automne de sa vie, renvoit à ces questions que l’on a dû tous se poser un jour : quel est le sens de la vie ? Le sens de nos actions, bonnes ou mauvaises ? que valent-elles et qu’en restera-t-il après notre départ ? Sans parler de ce désir d’éternité si fort à mesure que l’on prend de l’âge. Il y a aussi dans Guy une question laissée en suspens qui hante tout le film et même au-delà : comment Alex Lutz a-t-il trouvé un tel sujet et réussi à l’interpréter avec un tel talent. Chef d’œuvre !

Battleship Island, le film coup de poing de 2018. Durant la seconde guerre mondiale, des prisonniers coréens retenus prisonniers sur l’île d’Hashima sont envoyés dans la mine par les Japonais. Des résistants vont avec des aides extérieures organiser une gigantesque évasion. A la fois documentaire poignant sur le traitement inhumain fait aux prisonniers en tant de guerre (le film a été tourné dans la véritable prison) et pur film de genre (le récit d’évasion), Battleship Island est un huit clos claustrophobe qui décortique l’horrible machine a broyer qu’est la prison d’Hashima et qui tient sa promesse : mettre en scène un final d’une inventivité exceptionnelle. Attentions âmes sensibles s’abstenir.
Heredité est un pur film sensoriel, malsain et malin. Un de ces films que n’auraient pas reniés Argento, De Palma ou Hardy. Comme ces auteurs, on nage en pleine ambiance paranoïaque « seventies ». Difficile d’écrire sur ce bijou sans trop en révéler. Ce qui frappe c’est l’intelligence du scenario qui recycle le genre (film d’épouvante) et la maitrise des effets de suspens qui rappelle le Night S. Shyamalan des grandes heures. Pour information il s’agit du premier film d’un réalisateur déjà culte : Ari Aster.
Dogman signe enfin le retour en forme du génial réalisateur de Gomorra. Le film renoue aussi avec la fibre sociale de Matteo Garrone, qui adapte un fait divers qui avait marqué l’Italie à la fin des années 80. Soit l’histoire d’un toiletteur pour chien dans une banlieue maussade, humilié et harcelé  par un ex-boxeur qui l’entrainera de force dans l’illégalité. Garrone joue sur les oppositions entre les personnages pour montrer l’impossibilité de trouver une issue heureuse au conflit (un protagoniste, discret, petit, fidèle en amitié et un adversaire grand fort, sans gêne et sans honneur) pour préparer le spectacle final ou les rôles seront opposés. Un combat pour la dignité, dur, aprè mais essentiel.  
Brad’s Status n’est pas un grand film. La trame de départ est d’ailleurs basique : Brad (Ben Stiller) accompagne son fils pour choisir sa future Universités. L’occasion pour lui de faire un bilan sur sa vie. Eh oui, encore un récit de « middle life crisis ». Mais ce qui le rend captivant c’est que l’histoire est un modèle d’ironie dramatique. Parce que le contexte dans lequel évolue Brad l’oblige a faire bonne figure devant fils, lui qui a tout l’avenir devant lui. Parce que Brad va en plus de cela devoir faire des compromis et demander de l’aide a ses ex-amis de fac pour trouver des places dans des bonnes Universités. Parce que Brad ne ressortira pas grandis de ces rencontres, ce sera même l’inverse. Parce qu’enfin nous le savons depuis le début : Brad se trompe de constat depuis le début. Non sa vie n’est pas un échec. Mais il l’a gâché à trop vouloir comparer pendant trente ans sa propre trajectoire à celle de copains de facs qu’il ne fréquente plus depuis des années. Triste non ? Brad’s Status: tout est dans le titre !

A vous de jouer

Et vous quel bilan cinéma faites-vous de 2018 ? Quels films attendez-vous en 2019 ?




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *