10 débuts de films mémorables




Après un article consacré aux 10 fins de films mémorables, il était logique que je m’intéresse aux débuts de films. Pour rappel, un exercice qui ne consacre pas forcement les meilleurs films de l’histoire du cinéma, mais ceux dont l’exposition parvient à captiver le spectateur et le faire totalement rentrer dans l’intrigue et l’univers du récit. Attention : SPOILERS en masse !
  

Boulevard du crépuscule (Billy Wilder, 1950)

Début :
Des policiers se dirigent vers la demeure d’une star d’Hollywood. Ils y trouvent un cadavre dans sa piscine. Le narrateur propose de raconter la véritable histoire de cet homme.

La promesse contenue dans la scène d’ouverture :
Un film noir dans toute sa quintessence (fatalité, meurtres, trahisons)
Pourquoi mémorable ?
Le film noir est un genre qui a l’avantage de plonger tout de suite le spectateur dans l’intrigue avec ses codes bien connus : une mort ou un drame survenant dans les premières minutes, une voix-off et une fatalité diffuse, souvent instiguée à travers le flash-back.
Il suffit parfois d’un seul plan pour marquer les esprits. Boulevard du crépuscule en contient un – exceptionnel et novateur à l’époque. Le cadavre est filmé en contreplongée dans la piscine. Il ne s’agit pas d’un simple effet de style, ce plan permet de présenter visuellement le protagoniste (et narrateur) et sa misérable destinée. « Un scénariste de séries B » comme il le dit qui finira ironiquement sous les feux de projecteurs … de police.
Intros dans le même genre :
L’Impasse, Mort à l’arrivée
 
 

Les Affranchis (Martin Scorsese, 1990)

Début :
Trois hommes roulent en pleine nuit. Ils entendent un bruit à l’arrière de la voiture. Ils s’arrêtent et constatent en ouvrant le coffre… que le corps de l’homme qu’ils y avaient déposé est encore en vie. Dans un accès de fureur l’un d’eux se jette dessus à coups de couteaux pour le tuer pour de bon, puis un autre lui tire dessus. En refermant le coffre, nous zoomons sur le dernier personnage – le protagoniste – qui s’exprime via la voix off : « aussi loin que je me souvienne j’ai toujours rêve d’être gangster ».

La promesse contenue dans la scène d’ouverture :
Un film de gangsters brut, violent et rempli d’humour noir
Pourquoi mémorable ?
Dès les premières minutes, Scorcese plonge  le spectateur en pleine ironie dramatique. Ces hommes sont-ils simplement victime d’un accident de voiture ? Non ce sont des meurtriers. Regrettent-ils leurs meurtres ? Non tuer ne les dérange pas. Avec sa phrase clef en voix-off, le narrateur nous indique qu’il assume pleinement son mode de vie, qu’il va nous montrer l’envers du décor, sans censure. Plus d’ironie dramatique après cette scène, il nous confiera tout sur son quotidien mafieux, même sa brutalité.
Intros dans le même genre :
Pulp Fiction, Reservoir Dogs, L’Expérience Interdite
 
  

Trainspotting (Dany Boyle, 1996)

Début :
Renton et son ami Sick Boy sont poursuivis par des vigils suite à un vol à l’étalage.

La promesse contenue dans la scène d’ouverture :
Bienvenue dans la tête de nihilistes toxicos !
Pourquoi mémorable ?
Dès les premiers plans, un sentiment d’urgence s’installe. En moins de cinq minutes – le temps d’écouter Lust for life d’Iggy Pop – nous avons le temps d’être présentés à Renton, son quotidien, ses amis, son amour de la drogue, ses addictions à lui à ses amis (principalement la drogue) et surtout entendre sa profession de foi qui commence par « Choisir une vie, choisir un travail, choisir une carrière » avant de se terminer par « J’ai choisi de ne pas choisir la vie ».
La construction grandiose de cette introduction est en parfaite adéquation avec les effets des premières prises de drogue : le rythme effréné (speed) du montage, la perte de repères dans le temps (allers-retours passé-présent). Le rythme du film s’adaptera ensuite à l’état de Renton et ses amis (sevrage, manque, mort,… )
Intros dans le même genre :
Snatch

 

 

The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008)

Début :
Des cambrioleurs déguisés en clown dévalisent une banque. Chacun a pour mission de se débarrasser d’un des cambrioleurs sans savoir qu’ils sont le jouet de leur chef : le Joker

La promesse contenue dans la scène d’ouverture :
Un film d’action avec un adversaire redoutable : manipulateur, inventif, imprévisible et extrêmement violent.
Pourquoi mémorable ?
Parce que la scène d’introduction est tellement dense et jouissive qu’elle pourrait faire l’objet d’un film à elle seule ! La manière perverse dont le Joker  se débarrasse de ses acolytes permet de caractériser son personnage avec force et le dote d’une aura terrifiante dès les premières minutes.
Plus intéressant, elle le place au centre d’un récit pourtant complexe (car rempli de sous-intrigues) et elle amorce la réflexion thématique du film : l’ambiguïté de nos actes, qui s’ils nous définissent sont pour autant lourds de conséquences. Joker placera ainsi tout au long du film Batman face à des dilemmes insolubles.
Intros dans le même genre :
Die Hard 3, Opération Espadon
 

 

La Soif du mal (Orson Welles, 1943)

Début :
Un homme pose une bombe dans le coffre d’une voiture ou un couple prend place.

La promesse contenue dans la scène d’ouverture :
Un thriller ambigu où les apparences sont trompeuses
Pourquoi mémorable?
Il y a bien évidemment ce tour de force technique incroyable. Un plan séquence d’anthologie de plus de 3 minutes filmé avec une grue et des dizaines de figurant, qui renforce la tension. La voiture ne quitte jamais le plan même quand apparait le protagoniste, qui sans le savoir a failli mourir.  Le spectateur est en avance sur le protagoniste, jusqu’à ce que celui prenne l’enquête en main et mette de l’ordre dans ce chaos.
Intros dans le même genre :
Le Bucher des Vanités, Snake Eyes, The Player

 

 

High fidelity (Stephen Frears, 2000)

Début :
Rob regarde impuissant son amie Laura le quitter, ce qui le conduit à réfléchir aux raisons de cet échec.

La promesse contenue dans la scène d’ouverture :
Une quête identitaire sur un mode comique… et rock !
Pourquoi mémorable ?
Le récit commence par une scène de séparation standard. Avec cette particularité : Rob regarde la caméra et s’adresse au spectateur. Plus surprenant encore, sa manière de relativiser sa séparation moins douloureuse comparée aux chansons tristes qu’il écoute, « plus dangereuse que les armes à feu » .  Nous venons de rentrer dans le monde de Rob, un homme qui visiblement a façonné sa vie à travers sa passion pour la musique. Est-ce que je me suis mis à écouter de la pop-musique parce que j’étais malheureux ou étais-je malheureux parce que j’écoutais de la pop-musique ?  » demande-t-il ? Je vous laisse méditer dessus ; )
Intros dans le même genre :
Alfie, Quand Harry rencontre Sally (pour les mini-interviews)

 

 

Fenêtre sur cour (Alfred Hitchcock, 1954)

Début :
Une cour. Un appartement en hauteur. Un photographe vit dans ce appartement. Ce photographe a la jambe cassée.

La promesse contenue dans la scène d’ouverture :
Un thriller où chaque détail compte !
Pourquoi mémorable?
Du pur Hitchcock ! Une caméra subjective virevoltante, qui l’air de rien laisse apparaitre des éléments importants de caractérisation des personnages (l’appareil photo, le cadre photo) et d’intrigue (la cour).
Intros dans le même genre :
Fight Club, Retour vers le futur

 

 

Il était une fois dans l’Ouest (Sergio Leone, 1968)

Début :
Trois tueurs attendent un homme à une gare.

La promesse contenue dans la scène d’ouverture :
Un nouveau type de western, plus âpre, axé sur la psychologie des personnages
Pourquoi mémorable ?
Pas de dialogues, une scène étirée à l’infini, des plans hors-normes (ah ces zooms sur le regard de Charles Bronson) et ce mystère qui plane autour de cet homme à l’harmonica. Sergio Leone ou l’art de transcender une banale scène de conflit.
Intros dans le même genre :
Dunkerque, La-Haut

 

La-Haut (Pete Docter, 2009)

Début :
Carl rêve de devenir explorateur. Très jeune il rencontre Ellie  avec qui il se mariera. Les aléas de la vie les pousseront a différer plusieurs fois leur rêve de voyage avant qu’Ellie ne meure et mette un terme à ce rêve.


La promesse contenue dans la scène d’ouverture :
Une réflexion sur les promesses non tenues
Pourquoi mémorable ?
L’exemple même d’une introduction trop réussie. Le premier quart d’heure ressemble à un court métrage, une histoire qui se suffit à elle-même. Avec très peu de dialogues, Pete Docter nous donne a voir deux destins contrariés, profondément humains par leurs échecs (enfants, voyages). L’émotion qui se dégage du début du film est tel que le film ne peut que voir son niveau baisser dans sa deuxième partie.
Intros dans le même genre :
Il était une fois dans l’Ouest, Dunkerque (je sais je me répète 😉 )

 

 

 

 

Le Parrain (Francisco Ford Coppola, 1946)

Début :
Un homme qui veut sauver l’honneur de sa fille vient demander l’assistance de Don Corleone, « le parrain »

La promesse contenue dans la scène d’ouverture :
La découverte de la mafia et de ses codes
Pourquoi mémorable ?
Tellement de choses ont été dites sur Le Parrain et cette légendaire introduction… Ce qui impressionne toujours près de 50 ans après, c’est l’efficacité avec laquelle Coppola avec des choix de mise en scène simples a construit pierre à pierre l’aura légendaire de l’intouchable Don Corleone. Regardez plutôt : il n’apparait pas tout de suite, il écoute. Quand il apparait il est vieux, joue avec un chat : il est humain ! Il parle peu et lorsqu’il prend la parole c’est pour parler de valeurs, comme le respect. Il ne menace pas il met les gens en face de leur contradictions. Au final, pris de court, ses proies abdiquent et acceptent le baiser de la mort de ce félin. Grandiose.
Intros dans le même genre :
Inglorious bastards

 

Ils auraient pu figurer aussi dans cette liste :

2001 l’Odyssée de l’espace, Orange mécanique, Les Dents de la Mer, Sueurs froides, La La Land, Social Network, Dark City, L’Expérience Interdite, The Player, Pulp Fiction, Mort à l’arrivée, Leaving las Vegas, Il faut sauver le soldat Ryan, Citizen Kane, Lord of war, Le Fils de l’Homme, Snake Eyes, Le Bucher des Vanités, Indiana Jones, L’impasse, Retour vers le futur, Star Wars,…
 

A vous de jouer

Et vous quels sont vos fins de films mémorables ?
Nota bene : pas de films français dans cette liste. Ce n’est pas faute d’avoir cherché (Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain ? ). Vous en voyez ?



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